Le fabuleux voyage de Yann Tiersen

Il y a des petits bonheurs qui ne se boudent pas. Assister à un concert à la Philharmonie est toujours un moment de joie mais lorsque c’est Yann Tiersen qui s’invite dans cette salle parisienne, c’est presque un événement immanquable. Au piano, au violon ou au piano-jouet, le compositeur brestois nous a fait découvrir son nouvel album, Eusa, et force est de constater que la magie ne cesse d’opérer, à tel point que nous regrettons que cela n’ait pas duré plus longtemps.

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© Christophe Espinosa Fernandez

C’est avec une émotion toute particulière dans la voix que Yann Tiersen salue le public de la Philharmonie de Paris, venu nombreux pour découvrir Eusa, son neuvième opus, magnifique ode à ses terres natales de la Bretagne. Au total, dix-huit morceaux composent cet album d’une beauté époustouflante, tous interprétés avec grâce et mélancolie par un artiste touchant, humble et sobre, s’excusant presque de sa présence sur scène. Lançant un magnéto qui semble sortir tout droit des temps anciens, Yann Tiersen captive dès les premières notes du piano, qui s’élèvent avec parcimonie, dans les aigus. Tandis que ses mains agiles parcourent le clavier, la voix de sa compagne nous livre toute la poésie d’un texte qui vient se poser avec délicatesse sur une nature suggérée au son du vent qui vient caresser les côtes bretonnes au printemps.

Des images d’évasion au grand air surgissent lentement. La sérénité des grands espaces s’offre à nous et la quiétude des notes nous enveloppe. Cette volupté touche directement à notre sensibilité. Yann Tiersen nous entraîne dans un univers zen où la nature reprend ses droits. Son instrument, qu’il soit violon ou piano, se fait caresse sur l’océan. Un sentiment de plénitude s’empare des auditeurs qui sombrent dans un apaisement et une détente absolus. Les cris d’oiseaux ajoutent une touche de mystère mais la beauté des compositions est de celles qui captivent, émeuvent, touchent sans artifice les cœurs les plus tendres. Il ouvre les portes d’une nature généreuse, vierge de toute onde négative et riche de mille et un bienfaits.

Le premier morceau interprété au violon était d’une beauté inouïe, grâce à la fougue et la passion du compositeur. C’est à ce moment-là que nous avons totalement lâché prise pour nous déconnecter de la réalité. Car plonger dans la musique de Yann Tiersen, c’est accepter de se lancer dans le vide pour s’offrir une parenthèse de bonheur, un moment hors du temps, suspendu aux notes d’un piano qui nous transporte dans un ailleurs merveilleux. La fulgurance des morceaux nous laisse béats d’admiration. Avec Pern, Yann Tiersen nous offre l’impression de survoler en deltaplane une campagne endormie, éclairée par les faibles rayons d’un soleil qui s’éveille à peine. En effet, la force des compositions du Brestois réside dans son aspect pictural, faisant naître dans notre esprit mille paysages, tous plus splendides les uns que les autres. Il parle un langage universel, celui du cœur, qui appelle à une douce rêverie mélancolique mais lumineuse. C’est à genoux qu’il exécute les morceaux au piano-jouet mais ses mélodies nous élèvent l’âme.

Il nous entraîne dans des hauteurs vertigineuses avec un élan fougueux puis s’arrête net lorsque le point de paroxysme est atteint. Cela revient à nous hisser au sommet d’une falaise puis à nous précipiter dans le vide. Le compositeur est cependant un excellent remède face à un quotidien anxiogène et chronophage où tout va toujours trop vite sans jamais s’accorder une pause. Nous retenons notre respiration, nous laissant bercer par les remous des vagues venues mourir sur le sable. L’ensemble du nouvel album de Yann Tiersen appelle un silence idéal pour se ressourcer et reprendre le cours de sa vie plus apaisé, détendu et serein.

L’album Eusa, se veut intimiste et mêle les bruits naturels aux mélodies dont les sonorités et les harmonies se suffisent à elles-mêmes pour nous transporter. Yann Tiersen, qui a bénéficié il y a quinze ans d’une grande notoriété avec la sortie en 2001 du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, le film de Jean-Pierre Jeunet, auquel il fait un petit clin d’œil avant le rappel en interprétant avec tendresse La Dispute, s’impose comme l’un des plus grands compositeurs français actuels. Le brestois, à la renommée internationale, nous a donné en cadeau avec ce rare et précieux récital un fabuleux voyage dans son univers si atypique et reconnaissable entre tous, peignant en musique, avec des notes harmonieuses et délicates, des paysages musicaux d’une exquise beauté. En fermant les yeux, nous quittons notre siège de la Philharmonie de Paris pour des contrées lointaines, espérant que cet état de grâce ne s’achève jamais.

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