The Greatest Show on Earth : le cirque de la performance

Créé le 11 août 2016 au International Summer Festival Kampnagel d’Hambourg, The Greatest Show on Earth installe pour quelques jours ses gradins en bois et sa piste circulaire au Théâtre des Amandiers à Nanterre. Il nous donne à redéfinir notre rapport à l’art du cirque par une succession de numéros de performeurs dans une proposition malheureusement inaboutie car souvent vaine et inégale.

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© SBJ

Soir de première aux Amandiers de Nanterre. Le public, souvent en groupe comme pour contrer une société de plus en plus individualiste, est venu nombreux, dans un esprit bon enfant, pour assister à un art rassembleur et à connotation familiale. Les spectateurs discutent joyeusement en attendant de prendre place sur les gradins de bois disposés autour d’une piste circulaire, comme celle des cirques traditionnels. Une odeur de pop-corn s’élève dans l’air du Théâtre au moment de franchir les portes de la grande salle puis les artistes, performeurs internationaux, accueillent et guident le public au cœur de la superbe scénographie imaginée par Philippe Quesne, le directeur des lieux. Tout est donc réuni pour passer un agréable moment en plongeant avec délectation dans un cirque d’un genre nouveau, fait par des performeurs qui ont eu ici carte blanche afin de travailler autour des éléments constitutifs de cet art qui a quasiment disparu en Allemagne.

Fumigènes, lumières aveuglantes et musique électro assourdissante du duo des Trucs, composé de Charlotte Simon et Zink Tonsur, viennent donner le top départ d’un tour de piste fort alléchant. Après la présentation des quatorze artistes qui vont faire le show, Emmilou Rößling nous propulse dans un monde imaginaire où elle se ferait dresseuse d’un cheval très coopératif avant de céder la place à Contact Gonzo, un groupe japonais qui se lance dans une sorte de lutte gréco-romaine des cités modernes de Harlem. Il faudra attendre Eisa Jocson pour découvrir avec stupéfaction une Blanche-Neige à double personnalité, tantôt naïve, distribuant des câlins et faisant s’envoler des colombes invisibles, tantôt sombre et inquiétante, presque insondable et délurée dans un travestissement nébuleux. Ainsi se poursuivent les numéros qui repoussent les limites du corps et des risques comme celui imaginé par Meg Stuart durant lequel Márcio Kerber Canabarro, monté sur échasses et Vânia Rovisco, dans un tutu noir, tous deux avec un casque sur la tête, s’affrontent dans un face à face hargneux, un véritable combat de titans au son d’une musique anxiogène faisant résonner des battements de cœur au milieu d’une cacophonie de sons de fracas, tôles et métaux malmenés. L’humour se mêle avec un propos plus sérieux, comme dans la Complainte d’une crotte de Jérémy Wade ou sa course au pardon dans un manifeste « Sorry » percutant avec des drapeaux disséminés dans les gradins et sur lesquels figurent en plusieurs langues les mots « Je suis désolé » mais l’ensemble, très inégal, ne parvient pas à capturer notre attention. Pas d’émerveillement ni d’illusion à l’instar du duo de trapézistes, Vincent Riebeek et Florentina Holzinger, qui reste vain dans une ridicule fellation aérienne dont l’artifice ne convainc pas. Cependant, Hendrik Quast et Maika Knoblich tirent leur épingle du jeu avec leurs compagnons à quatre pattes, le chat Léo et la chienne Lilly, capricieux et peu disposés à parader, offrant un moment de tendresse et de douceur au show qui se déroule sous nos yeux tout comme Contact Gonzo qui revient clore le spectacle avec des fruits catapultés pour un final hilarant mais angoissant tant nous souffrons pour les performeurs sans jamais être rassurés sur la maîtrise totale de leur numéro et l’absence de réelles douleurs physiques.

The Greatest Show on Earth, qui ne tient pas les promesses de son titre prometteurest une sorte d’emballage cadeau brillant et alléchant qui dissimule un paquet vide, ou du moins ne contenant que des babioles fantaisistes. Nous sommes bien loin du présent luxueux et généreux que nous pensions recevoir. Ne reste que cette très belle scénographie de Philippe Quesne dont le dispositif circulaire permet de redéfinir notre regard sur les performances réalisées et quelques numéros à la saveur de poudre aux yeux qui ont su tout de même replacer quelques étoiles au creux de nos yeux, redevenus ceux d’un enfant le temps d’un court instant. Une soirée où l’art performatif laisse un petit goût amer, entre voyeurisme et exhibitionnisme, à l’instar des pop-corn sucrés-salés qui devaient nous mettre en appétit et nous faire replonger dans l’âge d’or du cirque avec tout ce que cela convoque de souvenirs chez le spectateur. Du courage, de l’audace mais rien de transcendant pour ce tour de piste à l’initiative des programmateurs allemands Anna Wagner et Eike Wittrock.

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