Le syndrome du Playmobil : regard cynique férocement jubilatoire

L’heure de la rentrée parisienne a sonné pour Elodie Poux qui fait son retour du lundi au mercredi aux Feux de la Rampe. Au programme, une heure d’observation minutieuse des enfants, sources inépuisables d’un humour cynique et corrosif, pour ce one-woman show décapant aux teintes de stand up écrit par une ancienne aide maternelle qui n’a jamais quitter le monde de l’enfance pour notre plus grand plaisir.

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© Serge Lepère

C’est sur la musique I knew you were trouble de Taylor Swift qu’Elodie Poux fait son entrée triomphante. Après un rapide état des lieux de sa carrière (« Des fois, on joue dans des endroits qui donnent envie de mettre fin à sa carrière, ou à sa vie ») et d’un public parfois constitué uniquement de personnes âgées devant qui « le terme de spectacle vivant perd tout son sens », elle nous explique qu’elle a travaillé durant douze ans en école maternelle. Au contact de ces chères têtes blondes, Elodie Poux faisait un peu figure de parasite avant de trouver sa voie sur scène. Mais quand « on veut un boulot où l’on ne travaille que le soir et où l’on est bien payé » et que l’on est « allergique au latex », l’humour est la seule issue. Fort heureusement pour nous, Elodie a succombé à l’appel des planches et la voici qui nous entraîne dans son univers totalement barré avec une écriture vitriolée à l’égard des enfants. Loin d’être « gracieuse comme une boîte de thon », la jeune humoriste n’épargne pas ceux qui furent son premier public : les enfants sur lesquels elle n’hésite pas à taper même si elle les aime bien au fond (enfin surtout « au fond de la piscine »).

Inutile de vous dire qu’avec Elodie et son observation minutieuse des enfants des autres, elle va vous faire passer l’envie d’en avoir. Le passage sur Geneviève, la mère de famille nombreuse dont chaque enfant à un père d’une nationalité différente, est tout simplement hilarant. Nos zygomatiques sont mis à rude épreuve et Elodie ne nous laisse aucun moment de répit. Tout le monde en prend pour son grade, du père qui « a dû laisser son cerveau en orbite sur la planète connerie » à la belle-mère qui, « comme une pomme de terre, est mieux dans le terre » en passant par les chats, « capables de faire 1200km pour retrouver sa maison mais qui défèque à 12cm de sa litière », elle nous livre des tranches de vie et d’humour d’une figure maternelle « cernée comme un preneur d’otages » qui a donné la vie mais n’hésiterait pas à la reprendre.

Inutile de prendre des drogues dures pour suivre cette survoltée de la scène. Et « comme dirait un obstétricien au moment de mettre au monde un enfant obèse : ça va déchirer sa mère ». En tout cas, elle habite tous ses personnages qu’elle habille de mille couleurs, comme les dessins des enfants de maternelle. Un humour grinçant, parfois irrévérencieux mais toujours justement dosé, entre audace et réalisme, basé sur une écriture incisive qui tire dans le mille sur la cible du rire. Elodie Poux nous décrit un monde où rien n’est grave, à l’instar des Playmobil de notre enfance, ces petits êtres parfaits et bienveillants, héros des tonnes d’aventures que nous aimerions vivre. Elle ratisse large dans le bac à sable des spectateurs et envoie des pelletés de bons mots et de rires durant 63 minutes de bonheur. Alors, avec un univers bien à elle, elle fait renaître l’enfant qui est en nous. Et avec Elodie, en avant les histoires !

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