Dance : l’hypnotique onirisme de Lucinda Childs

C’est toujours un bonheur sincère et émouvant que de retrouver le ballet de l’Opéra de Lyon sur la scène du Théâtre de la Ville de Paris, d’autant plus, pour une œuvre de Lucinda Childs dont le portrait que consacre le Festival d’Automne 2016 se poursuit dans différents lieux comme le Centre national de la Danse à Pantin ou encore La Commune d’Aubervilliers. Il n’en fallait pas davantage pour passer l’une des plus belles soirées danse de ce mois de rentrée culturelle avec cette œuvre créée le 17 octobre 1979 au Stadsschouwburg de Eindhoven (Pays-Bas).

Dance de Lucinda Childs
© Sally Cohn

Le programme a été vu à de nombreuses reprises mais nous ne nous lassons pas de retrouver Dance de Lucinda Childs, entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Lyon en avril 2016 et sublimée par les interprètes. La prestation s’appuie sur un film mis en perspective avec les danseurs qui évoluent en direct sur le plateau. La soirée débute par des passages fugaces mais marquants, composés de grands jetés et de duos captivants. Tout se déroule derrière un voile blanc, comme dans de nombreuses productions du metteur en scène italien Romeo Castellucci, qui sert ici d’écran de projection. Plateau et images se superposent. Les danseurs se fondent dans les vidéos qui défilent dans un formidable trompe l’œil qui démultiplie l’espace et les interprètes en jouant sur la pluralité, les hauteurs, la profondeur, les perspectives, les focus ou encore les différents angles de prise de vue.

Les chorégraphies sont toniques, répétitives comme la musique entêtante de Philip Glass avec la présence d’un bourdon rythmant l’ensemble. La scénographie de Sol LeWitt, minimaliste et complexe à la fois dans sa gestion de l’espace, nous entraîne avec délectation dans un tourbillon grandiose, bouleversant, hypnotique. Aucune faiblesse dans l’exécution de cette œuvre exigeante. Les structures mélodiques répétitives et épurées épousent parfaitement le langage chorégraphique débarrassé de tout artifice que propose l’américaine Lucinda Childs. Elle ne garde que l’essence même des mouvements en élaborant des pas simples qui tracent au sol des lignes imaginaires, constituées de cercles, de diagonales, d’arcs qui s’entremêlent et autres figures géométriques tel un fil rouge des créations de la chorégraphe, comme nous pouvons le constater sur de nombreux documents lors de la découverte de l’exposition Nothing personal, 1963-1989 au CND de Pantin et à la galerie Thaddaeus Ropac.

Le deuxième tableau, Dance 2, s’appuie sur une seule interprète qui évolue sur une musique toujours électro aux résonnances métalliques, oniriques et fabuleuses. Quelle grâce, aussi bien dans les distances que dans les angles rapprochés voulu par la superposition des images qui, par moment, en viennent à se substituer à la danseuse. La chorégraphie, très cyclique, faite de ports de bras majestueux, de piqués et de soubresauts, est ponctuée d’arrêts sur image tandis que la musique se fait alors celle de l’urgence, comme le bip d’un encéphalogramme qui s’emballerait avant de modérer à nouveau sa fréquence. C’est pur, aseptisé, somptueux.

Dans la dernière partie, nous assistons à un jeu sur les diagonales. Par deux, les danseurs se croisent tandis que les images projetées à l’écran viennent surplomber le plateau. Chacun virevolte comme des papillons dans la lumière avec une alternance de couleurs chaudes et froides voulues par l’éclairage astucieux. Qu’ils soient un, quatre ou cinq, les danseurs survolent majestueusement le plateau et viennent fouetter l’air avec leurs pieds par une délicatesse infinie. La démultiplication des images offre une image belle et saisissante, comme une dernière offrande avant que le noir ne revienne nous plonger dans les ténèbres, à la manière d’un rêve qui finirait brusquement.

Dance se veut hypnotique par un ballet onirique que la musique entêtante de Philip Glass et le Ballet de l’Opéra de Lyon subliment. Plongez dans ce rêve hypnotisant, envoûtant et électrique où le trio Childs/Glass/LeWitt a tout de la collaboration parfaite et idéale pour un triptyque qui nous entraîne hors des limites du temps et de l’espace.

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