Corbeaux : Bouchra Ouizguen prend son envol au Festival d’Automne

Alliant tournée dans le cadre du Festival d’Automne à Paris et spectacles proposés en accès libre pour la réouverture après travaux du Centre national de la Danse de Pantin, la danseuse et chorégraphe marocaine Bouchra Ouizguen revient en France, au FAP, après OTTOF, pour nous donner à voir et à entendre sa superbe envolée de corbeaux, tel un cri d’urgence absolue, vitale. Une performance saisissante à ne pas rater.

corbeaux
© Hasnae El Ouarga

Corbeaux, cette pièce aux allures de manifesté, a été créée en 2014, sur le parvis de la gare de Marrakech, lors de la Biennale d’Art Contemporain. Elle n’avait pas vocation à être remontée et ne devait être qu’une performance unique. Cependant, elle fut reprise à Bruxelles puis en France où elle est programmée actuellement dans différents lieux, dans le cadre de la 45ème édition du Festival d’Automne à Paris, aussi bien au Centre national de la Danse de Pantin qu’au Centre Pompidou, au Théâtre de Gennevilliers ou encore au Musée du Louvre, entre autres espaces l’accueillant en tournée.

Une vingtaine de femmes arrivent en groupe. Une par une, dans un silence impressionnant, elles quittent le nid de la horde pour aller se poser sur un espace vide, éloignées les unes des autres. Face à elles, sur la berge opposée du canal de l’Ourcq, les spectateurs les observent, intrigués. Il faut dire que le titre fait référence à des oiseaux de mauvais augure dans notre civilisation. Pourtant, c’est une performance incroyable qui vient de débuter en extérieur. Vêtues de noir avec un fichu blanc sur la tête, dans une sorte de croassement collégial, la horde dispersée incline la tête et le buste de haut en bas. Un geste étiré, répété, amplifié durant plus d’une demi-heure. Cependant, aucune lassitude pour le spectateur-auditeur. Majestueusement bruyante, cette envolée de corbeaux gagne en intensité, en profondeur et se charge d’un besoin vital, urgent, nécessaire : celui de se rassembler, de faire face, ensemble. Leur chant se fait de plus en plus précis, voire oppressant. Tels des oiseaux du malheur, la horde emplit de sa présence les abords du Centre national de la Danse de Pantin par un admirable concert mais peut aussi bien exister dans n’importe quel espace, antant en intérieur qu’en extérieur. C’est fort, magnifique, envoûtant, captivant.

Fermant les yeux, nous sommes projetés dans une contrée lointaine. Les interprètent forcent notre respect et notre admiration tandis que se poursuit un cri plaintif, de ceux qui viennent du plus profond de l’être. Véritable performance corporelle et vocale, elle s’étire jusqu’à épuisement. C’est fort et émouvant. Bouchra Ouizguen agrandit sans peine notre regard en ouvrant le champ de tous les possibles. Sa horde de volatiles traduit une certaine urgence, comme un cri nécessaire pour insuffler le rassemblement autour d’un travail passionnant, culturellement riche et empreint de valeurs fortes.

Le mouvement frénétique des corps dans un bruit effréné traduit une impatience non dissimulée. Pleinement investies, les femmes, qui ont entre 20 et 65 ans, témoignent d’une endurance physique au sein d’un acte artistique incroyable. Ce croassement puissant et bouleversant s’inscrit dans une fulgurante vitalité avant de venir mourir dans un murmure, un cri étouffé, isolé. Alors, dans un silence identique à celui du départ, la horde se soude à nouveau, et disparaît. Un moment intense, au plus près des spectateurs, vidés eux-aussi comme après un long voyage.

Bouchra Ouizguen a su mettre en valeur sa superbe horde de corbeaux prêts à s’envoler dans le ciel de l’art, le vrai, celui qui bouscule, interpelle, dérange, questionne, transporte.

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