Performance – Non réconcilié : Houellebecq à l’honneur

C’est dans la minuscule salle de la cave du bar-restaurant Le Connetable, rue des Archives dans le 3ème arrondissement de Paris, que Sébastien Bidault nous a conviés à faire entendre une sélection de poèmes de Michel Houellebecq. Lors de la dernière date, en juin 2016, une petite dizaine de personnes étaient réunies dans une chaleur étouffante aux prémices de l’été. Il reprend cette saison, dès le 3 octobre à 20h30, même lieu, même thématique.

performance
© SBJ

Sur l’étroit plateau, ils sont deux : Sébastien Bidault, en chaussettes grises assorties à son tee-shirt, récite avec conviction et une vive énergie des textes issus de l’anthologie personnelle de Michel Houellebecq 1991 – 2013. A ses côtés, Jean-Baptiste Perraudin l’accompagne au Udu, un drôle d’instrument de la famille des percussions, aux allures de vase-tambour.

« Nous sommes prisonniers de notre transparence »… « Nulle part, l’amour n’existe ». Les mots claquent dans le silence de la cave, ils résonnent autrement, comme une invitation au voyage poétique, guidé par les pulsations et les rythmes proposés par l’instrumentalisation. Au sein d’une atmosphère intimiste, notre esprit s’égare, s’évade, et cela fait le plus grand bien.

Les textes se succèdent et nous parlent, indéniablement puisqu’ils évoquent l’humain et un monde incroyablement concret et réaliste. L’instrumentiste, en phase avec le récitant, ne cesse de le regarder. Leur complicité transparaît et se propage dans la salle, jusqu’à ajouter une dimension personnelle aux mots de Michel Houellebecq. Un fil invisible les relie. Chacun s’imprègne et se nourrit de la performance de l’autre : les mots, les gestes, les intonations, les intentions deviennent alors complice poésie.

Sébastien Bidault s’amuse avec sa voix et son corps. Il change d’expression et se promène allègrement dans le champ de tous les possibles. Le terrain de jeu est infini, autant que la poésie est universelle : « Il faudrait traverser un univers lyrique comme un corps que l’on a beaucoup aimé ». Les interrogations affleurent en même temps que les sensations qui font leur nid au creux de notre esprit : « Pourquoi ne pouvons-nous jamais être aimé ? ». La question est posée mais aucune réponse ne sera apportée dans une atmosphère qui se fait plus pessimiste, plus mélancolique. Cependant, mieux vaut peut-être ne pas savoir car la vérité est parfois bien trop difficile à entendre, accepter, admettre.

Les poèmes s’enchaînent avec fluidité dans un cadre personnel qui nous touche. Sébastien loge dans sa voix une myriade d’émotions. Il parvient à se recréer une ambiance, un état d’esprit différent à chaque texte. Sa performance est éblouissante de bout en bout, et les mots glissent comme les vagues qui viennent s’échouer sur l’horizon des miracles dans une sonorité de douceur. A quelques pas de lui, le public semble en communion avec la scène et des fluides énergiques passent de l’un à l’autre pour célébrer le triomphe de la poésie. Le quotidien décrit nous semble familier, teinté d’amour, de tristesse, de joie ou de mélancolie comme les différents états par lesquelles notre condition humaine nous invite à passer au gré du temps.

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