Nelson : cocasse comédie

Les dix dernières représentations, irrévocables, de Nelson avaient été annoncées du 21 juin au 3 juillet 2016 au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Juste avant de débuter le marathon du festival d’Avignon, nous étions donc partis à la rencontre d’un lapin et de six acteurs irrésistibles qui nous ont entraînés dans une comédie de boulevard cocasse mais au potentiel savoureux, avec une Chantal Ladesou en très grande forme et en chef de famille déjantée.

nelson
© SBJ

Jacqueline est une mère de famille bourgeoise doublée d’une avocate aux goûts luxueux, aimant l’argent, la reconnaissance, la gloire, les bons mets et la fourrure. Son fils, Pierre- Alexandre est l’assistant de sa mère. Gérard, le père, est sous la coupe de son épouse tandis que Christine, leur fille tente de s’émanciper. D’ailleurs, elle a une grande nouvelle à annoncer : elle a rencontré quelqu’un et organise demain, dans l’appartement familial, un dîner avec les parents du jeune homme afin d’être engagée dans l’association d’altermondialiste dont ils s’occupent, parce que « c’est loin, c’est pauvre et c’est pas français ». Mais faire venir une famille modèle, végétalienne, aimant les missions humanitaires et la défense de la faune, c’est prendre le risque de faire entrer le loup dans la bergerie. La rencontre est vouée à tourner au fiasco en réunissant ainsi deux familles que tout oppose. Comment vont-ils pouvoir se sortir de cette impasse ?

Jean Robert-Charrier a écrit là une pièce sur mesure pour l’impératrice Chantal Ladesou. Cependant, parlant souvent vite et en articulant assez mal, nous n’entendons pas la totalité de ses répliques qui fusent. Elle est néanmoins une mère de famille au caractère bien trempé, n’ayant aucune empathie pour qui que ce soit, même pas pour sa progéniture : « Mon pauvre Pierre-Alexandre, tu es con comme un balai et encore, j’ai connu des balais moins cons ». Elle se montre implacable pour notre plus grand plaisir. L’entrée de Jean-Philippe Bêche, dans le rôle de son mari, est fracassante et fort bien réussie : chantant à tue-tête « toreador », extrait du Carmen de Bizet. Il s’impose dans la distribution, tout comme Armelle, irrésistible dans la peau d’une végétalienne modèle, bien sous tout rapport. Son arrivée dans la famille, moulée dans une robe à fleurs assortie à la chemise de son mari et au pantalon de son fils, fait sensation. Elle est survoltée et volerait presque la vedette à Chantal Ladesou, notamment avec une danse africaine endiablée. Les autres rôles, un peu plus secondaires, n’en sont pas en reste : Eric Laugérias est un homme mutin qui séduit dans un tango nocturne avec Jacqueline. Il surjoue constamment, mais est en adéquation parfaite avec son personnage qui vit de faux-semblants et de mensonges depuis bien longtemps. Du côté des jeunes, Simon Jeannin est parfait en frère bourgeois dont le langage soutenu contraste avec celui des autres protagonistes. Il est hilarant lorsqu’il se présente dans une tenue improbable ramenée du Kenya tandis que sa sœur, jouée par Clémence Arsault, est finalement plutôt fade et en retrait, tout comme Simon Lavaron qui est Romain, son prétendant.

La scénographie de Stéfanie Jarre nous montre parfaitement la pièce principale de l’appartement bourgeois de Jacqueline que la fille transformera en temple de zénitude, les trophées de chasse ayant cédé la place aux plantes vertes. Les lumières, très travaillées, de Laurent Béal permettent de mettre en valeur les nombreux apartés soulevés par les faux-semblants grâce à un éclairage plus froid. La direction d’acteurs de Jean-Pierre Dravel et Olivier Macé est enjouée et fonctionne parfaitement dans une mise en scène intelligente et intelligible. Le texte regorge de phrases en passe de devenir cultes, à l’instar du très poétique « Ma mère, à force de manger des légumes, elle est devenue plus fertile que son potager », entremêlées à des références de notre actualité. Le rythme est intense et nous emporte dans le tourbillon de cette comédie de boulevard aux clichés assumés.

Après ce phénoménal succès de Nelson, Chantal Ladesou sera à l’affiche de Peau de Vache au Théâtre Antoine. Décidément, elle n’en finit pas de tisser des liens avec le monde animal, pour le meilleur et pour le rire.

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