Vincent Marbeau : « quand on souffre, on a besoin d’art et de beauté et le théâtre est la réponse à cette souffrance. »

Cette saison 2016-2017 verra apparaître sur nos écrans Juste la fin du monde, un film de Xavier Dolan adapté de l’œuvre de Jean-Luc Lagarce. L’auteur contemporain sera également à l’honneur au théâtre dès septembre avec Derniers remords avant l’oubli que monte le jeune Vincent Marbeau. C’est ainsi que nous avons demandé au metteur en scène un entretien qu’il nous a accordé en toute amitié, à quelques jours de la première.

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Comment es-tu arrivé jusqu’au théâtre ?

Je viens d’une famille plutôt artistique. Ma grand-mère jouait du piano et était peintre. Du coup, j’ai baigné très tôt dans un univers artistique. Au lycée, je me suis tourné vers le théâtre. J’avais créé un petit atelier à la campagne mais dès que j’ai pu, je suis venu à Paris pour suivre des cours, à l’atelier Blanche Salant, et continuer ma route.

Pour ta deuxième mise en scène, tu as choisi de monter Derniers remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce. Pourquoi ce choix de texte ?

Ça a d’abord été une rencontre avec cet auteur. J’avais vu Fanny Ardent dans le musical aux Bouffes du Nord en 2009. Ça a été une véritable découverte avec Jean-Luc Lagarce ! J’ai été saisi par le texte, par l’écriture mais aussi par l’interprétation qui en a été faite. J’ai ensuite dévoré son œuvre. J’ai tout lu de lui mais je me sentais encore un peu jeune pour m’y confronter pleinement. Depuis, j’ai un peu mûri, j’ai franchi le pas et j’espère être prêt désormais à relever le défi.

Dans cette pièce, tu tiens le rôle de Pierre, un homme qui a beaucoup souffert. Comment t’es-tu préparé à incarner ce personnage ?

Pendant 28 ans, j’ai beaucoup souffert donc maintenant je suis prêt [rires]. Non, je plaisante, enfin pas tout à fait. Je suis de la méthode Stanislavski, de la base de l’Actor Studio qui est le jouer juste, jouer vrai. Je puise en moi pour nourrir mes personnages et les faire naître. Nous sommes actuellement en pleine création donc la construction se fait un peu tous les jours en ce moment. C’est vrai que le personnage de Pierre a beaucoup souffert mais je crois que c’est le cas pour tous les autres aussi. J’ai également une préparation physique. Le corps est très important chez Lagarce. J’essaye de me vieillir un petit peu mais cela ne suffit pas. Je travaille beaucoup sur la voix pour qu’elle ne semble pas trop juvénile en parallèle de mon interprétation.

Quelle(s) difficulté(s) rencontres-tu à jouer et mettre en scène en même temps ?

Dans la mise en scène, je suis assisté par Lydie Rigaud. En ce moment, lorsque je joue, la principale difficulté c’est d’arriver à me détacher du regard de metteur en scène pour n’être que comédien. Passer de l’un à l’autre, c’est le plus difficile. Quand je joue je dois me dire que là je ne regarde pas. Cela peut également être difficile pour mes partenaires mais j’ai la chance d’être très bien assisté et cela m’aide beaucoup.

Y’a-t-il un acteur et/ou metteur en scène que tu admires et avec qui tu aimerais travailler ?

Il y en a tellement, ce n’est pas évident de choisir. Actuellement, je dirai Thomas Jolly parce qu’il a une approche du théâtre dans laquelle je me retrouve beaucoup, à savoir essayer d’ouvrir le monde du théâtre donc évidemment j’aimerai bien travailler avec lui. Mais d’autres noms me viennent également à l’esprit comme par exemple Fanny Ardant et pourquoi pas sur du Jean-Luc Lagarce d’ailleurs.

Quel texte aimerais-tu monter si le moment idéal se présentait ?

Quand le moment sera le bon, j’aimerai beaucoup monter Hamlet de William Shakespeare. Cette œuvre a toujours été très contemporaine.

As-tu un rôle (personnage précis ou type de personnage) que tu aimerais incarner ?

Bien sûr ! Mais lesquels, je ne sais pas trop. Je serai tenté de dire des personnages vers lesquels je n’irai pas spontanément. C’est peut-être ce qui est le plus intéressant aussi dans ce métier. Pendant un temps, j’ai fait beaucoup de personnages cyniques alors ça serait vraiment bien de passer à quelqu’un qui est heureux de vivre.

Si tu devais partir sur une île déserte avec un seul livre, lequel choisirais-tu et pourquoi ?

Je choisirai de partir avec Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. C’est un livre que je lis souvent et je m’émerveille à chaque fois.

Quel est ton souvenir théâtral le plus marquant ?

Cette saison ? Je vais dire La Mouette d’Anton Tchekhov mise en scène par Thomas Ostermeier au Théâtre de l’Odéon. Encore une fois, c’est parce que le texte a été dit comme j’entendais que l’on joue cette pièce. C’était même encore mieux !

Quel spectateur de théâtre es-tu ?

Je suis un spectateur très gourmand. J’aime découvrir, m’émerveiller, être emporté par une pièce. Je m’attache beaucoup à la rencontre qui se fait entre les artistes et le public.

Quelle est ta vision du théâtre et quel rôle joue-t-il selon toi dans notre société actuelle ?

Selon moi, ce serait une erreur d’avoir une vision du théâtre justement parce que ce serait le réduire à quelque chose qu’il n’est pas. Le théâtre, au contraire, agrandit, ouvre tellement de possibles que je n’ai pas envie d’en avoir une vision. En tout cas, je n’en ai pas et je crois sincèrement qu’il ne faut pas en avoir, du moins dans le sens où je l’entends. Cependant, quand on souffre, on a besoin d’art et de beauté et le théâtre est la réponse à cette souffrance.

Tu as 28 ans, tu es encore tout jeune. Quel rêve voudrais-tu réaliser dans les 28 prochaines années ?

Et bien, j’ai des rêves de rencontres ! J’en ai encore beaucoup à accomplir et j’espère que je les réaliserais tous. J’ai également des rêves de beauté, toujours et du théâtre, encore et encore !

Tu as une actualité assez chargée. Peux-tu nous parler de tes projets pour la saison à venir ?

A partir du 16 septembre 2016, je mets donc en scène et je joue dans Derniers remords avant l’oubli, au Théâtre Le Brady. Pour la fin de l’année, j’ai également deux autres projets de mises en scène : un texte de Victor Hugo et un autre de Sarah Kane. Je répète aussi en parallèle une autre pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde, qui verra le jour en 2017.

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