Les escargots sans leur coquille font la grimace : en quête d’identité

Juliette est née dans un corps féminin, se sent femme mais aimerait être un garçon, pour plaire à son père, beaucoup, mais aussi pour avoir le choix, tout simplement ! C’est dans une pièce d’inspiration autobiographique que Juliette Blanche se raconte et questionne par son histoire de quête identitaire et une orientation sexuelle alors que le sujet demeure encore bien tabou dans notre société. Elle sort des sentiers battus pour nous emmener dans son univers ambivalent. Attention, pépite en vue !

Les escargots sans leur coquille font la grimace
© Benjamin Colombel

Juliette a neuf ans lorsqu’elle a une franche discussion avec sa mère. Elle y apprend qu’à sa naissance, son père était très déçu car il voulait un garçon. Dès lors, elle s’interroge sur son identité sexuelle principalement. Elle aurait aimé pouvoir choisir d’être une fille ou non et par-dessus tout, elle veut plaire à son père. « Dis maman, pourquoi je ne suis pas un garçon ? » pourrait-elle chanter tandis que son père, qui souffle tout juste ses quarante bougies, se demande pourquoi il n’a pas de mec dans sa vie. Au centre, il y a Claire, la mère. Elle, elle ne se pose aucune question, fume comme un pompier et entretient l’ambiguïté identitaire de Juliette sans même réellement s’en rendre compte.

C’est avec beaucoup d’humour que Juliette Blanche fait de ses faiblesses une force pour avancer dans la vie. En interprétant son propre rôle, elle glisse dans son intimité une dimension d’universalité tout en se montrant captivante. Son écriture, sensible et arrivée à maturité, est vive et percutante. Sa valeur cathartique ne fait aucun doute mais reste constamment teintée de pudeur et de sincérité. La mise en scène de Charles Templon, toujours dans le mouvement, est ingénieuse et pertinente en étant principalement basée sur des jeux de miroirs. Quelles images renvoient-ils ? Est-on vraiment ce que l’on voit de nous ? Même le public est confronté à un moment donné à ce reflet qui pousse à s’interroger sur qui nous sommes réellement. L’ambiguïté centrale de la pièce est cependant époustouflante lorsqu’elle est mise entre les mains d’Andy Cocq, phénoménal ! Il endosse à lui seul une myriade de personnages, du père à la mère en passant par les autres protagonistes de la vie de Juliette, sans distinction d’âge ou de sexe. L’abattage scénique dont il fait preuve est juste incroyable. Avec un simple accessoire, il passe d’un rôle à l’autre avec une aisance déconcertante tandis qu’il alterne également textes et chansons. La belle complicité qu’il a avec Juliette Blanche nous parvient. Ensemble, ils se prennent en main, trouvent leur place et s’y tiennent. Bien que s’imaginer être quelqu’un d’autre à un côté rassurant (Juliette est d’ailleurs devenue comédienne pour justement explorer l’identité sous toutes ses formes), il faut pouvoir se libérer car il semble inenvisageable de s’ignorer aussi longtemps.

Dialogues, apartés, ruptures dans le récit… et pourtant, une fluidité impressionnante et une maîtrise parfaite. Tant d’humanité ne pouvait que faire vibrer notre corde sensible et venir nous atteindre en plein cœur. Hétérosexuels, homosexuels, bisexuels, finalement peu importe. Le genre a-t-il autant d’importance que veut bien nous le faire croire notre société normée ? Le principal n’est-il pas juste d’aimer, d’être aimé et surtout de cueillir les roses du bonheur de la vie plutôt que d’entrer dans des catégories, des cases qui cloisonnent ce que nous sommes vraiment ? Aujourd’hui, Juliette n’est ni hétéro, ni homo mais un peu des deux. Et si elle aime un homme elle sait que cela pourrait être autrement. De ces sentiments contradictoires et ambivalents, nous prenons conscience des identités multiples qui nous façonnent, pour la simple et bonne raison que nous sommes des êtres humains.  Les escargots sans leur coquille font la grimace a le mérite de bousculer nos consciences et d’ouvrir le débat où chacun se cherche sans toujours se trouver.

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