Parlons d’autre chose : la jeunesse révoltée mise à nu

Nous avions déjà pu admirer le talent d’écriture de Léonore Confino dans le Poisson Belge. Cette jeune auteure récidive avec Parlons d’autre chose, dans un style toujours aussi surprenant, interpellant et ouvrant un réel débat de société. Au Nouveau Ring, en plein cœur du festival d’Avignon, nous découvrons, enthousiastes, cette pièce coup de poing et coup de cœur qu’il est plus que nécessaire de voir, avec des ados ou de jeunes adultes de préférence, ou bien seuls pour méditer sur une cruelle réalité.

Parlons d'autre chose
© DR

Ils sont neuf, huit filles et un garçon, Tom. Tous sont en classe de Terminale L. Ils forment un groupe uni, soudé, toujours ensemble, en réel ou en virtuel grâce aux nouvelles technologies avec lesquelles ils ont grandi. Mais ils ne sont pas pour autant armés pour affronter le monde et vivre ce passage à l’âge adulte. Ils ont beau avoir leurs règles, leurs codes et se compléter pour avancer ensemble, un jour, tout bascule ! Un dérapage comme il en existe dans la vie à trop vouloir chercher l’échappatoire, l’exutoire d’une société étouffante, normée et cruelle. Ils sont tous épris de liberté, ayant pour modèle Amy Winehouse ou Lady Gaga, connectés avec le monde entier, élevés aux forfaits illimités et affirmant que « cette liberté, on la reprend tous en chœur ».

Le regard que pose Léonore Confino sur ces adolescents est comme une radiographie légèrement retouchée. Avec humour et gravité, elle nous montre le fruit d’observations fines et réelles de comportements humains, comme elle sait si bien le faire. Il en ressort presque un manifeste avec en ligne de mire, une lueur d’espoir. Son écriture nous interpelle, dérange, bouscule, percute, émeut en plaçant sous son microscope les passions, les inquiétudes, les espoirs et les désillusions d’un groupe. Cette pièce chorale, collective, exprime la fougue et la colère mais nous parle surtout de l’être humain dans sa complexité d’existence et met en lumière une jeunesse en proie à un acte de résilience qui croit encore pouvoir réinventer le monde. Les rythmes varient, changent comme cette existence qui alterne les instants. Le collectif se connecte à son corps et évacue ses peurs, pour être bien vivant et en mouvement !

L’affrontement, le jugement, la peur… tous ces thèmes sous-jacents surgissent au passage délicat de l’enfance au monde adulte, avec tout ce qu’il comporte d’angoisses, de pression, d’espoirs et de rêves. Le collectif Birdland est pleinement investi dans cette création qui a été donnée au Théâtre de Belleville à Paris en juin 2016 avant de parfaire ses gammes à Avignon. Il serait réellement injuste de ne pas citer tous les interprètes mis en scène avec bienveillance par Catherine Schaub. Il y a bien entendu Thomas Denis, bouleversant dans un rôle de bouc-émissaire servant à exprimer toute une violence et une angoisse trop longuement contenues. Et puis il y a ces femmes-enfants, ces amazones qui rêvent de triompher, d’affronter, d’expérimenter à l’aide d’un rite initiatique qui fera entrer péril en la demeure. Aliénor Barré, Solène Cornu, Marion de Courville, Faustine Daigremont, Marguerite Hayter, Elise Louesdon, Camille Pellegrinuzzi, Léa Pheulpin et Mélanie Sitbon font preuve d’une impressionnante et touchante justesse de jeu. Des talents à suivre de près tant il semble évident qu’elles feront toutes bientôt à nouveau parler d’elles.

Alors, ne parlons pas d’autre chose avant d’avoir été nous confronter, ensemble, aux projections de cette jeunesse incomprise et révoltée incarnée par une formidable interprétation collective, un clan à la fois fort et fragile qui porte des individualités et des personnalités saisissantes au sein d’un spectacle d’une nécessité absolue.

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