L’âge libre : le ring de l’amour

« Sauvagement inspiré » des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, les quatre filles de la Compagnie Avant l’Aube nous présentent L’âge libre, celui qui s’intéresse aux rapports à l’amour. C’est un véritable combat qui a lieu sur le ring des sentiments avec des rounds d’une énergie incroyable. Une pièce drôle, enlevée aux saveurs d’un exutoire nécessaire qu’il ne faut surtout pas manquer.

age libre
© Alois Lecerf

L’un des coups de cœur unanime des spectateurs du OFF 2016 pour le Festival d’Avignon. Une dénomination plus que méritée. Forts de ce bouche-à-oreille vivifiant, nous nous sommes retrouvés dans la petite salle du Théâtre des Barriques au plateau exigu sur lequel un ring lumineux avait été installé. Dessus, quatre jeunes femmes en peignoir blanc semblent attendre le combat. Celui de toute une vie ? Peut-être. En tout cas, cette tranquillité apparente va vite déchanter pour se transformer en une incroyable énergie communicante qui circule dans les rangs serrés du public.

La compagnie Avant l’Aube, qui a obtenu le prix de la jeune création 2016, nous livre des élans amoureux avec une fougue qui donne la pêche. Et ce n’est pas un oignon qui viendra perturber ce spectacle féministe mais non militant qui prône la modernité et la liberté tout en étant dépourvu de tout cliché qui pouvait plomber l’ensemble. Inès Coville, au violoncelle mais aussi dans la bataille de ces rapports à l’amour, Agathe Charnet, Lucie Leclerc et Lillah Vial montent sur le ring pour exprimer toutes les émotions, enfin libres et libérées du corps qui voulait les enfouir et les refouler. Ici, aucune honte du corps ou de ce que l’on ressent. De ces fragments se dégage une sensualité qui nous guide pour pénétrer avec pudeur et sobriété une intimité qui est aussi la notre à travers celle de ces femmes qui représentent, chacune pour des raisons différentes, un peu de chaque femme. Il y a un goût à la fois d’universel et de personnel au point d’en devenir troublant. Cela fonctionne parfaitement et nous renvoie à notre intime, notre féminité, notre essence-même. Par une interaction avec le public et un ring ouvert, les quatre interprètes prennent en charge un questionnement générationnel avec modernité et énergie dans une mise en scène féconde, survoltée et jubilatoire de Maya Ernest.

Que faire du temps que l’on a pour soi après une rupture ? Si le trio « bain, bulles, Wagner » peut donner le change au début, cela ne peut être une solution durable ! Non, il faut s’exprimer plutôt que de tout garder en soi, prenant le risque que cela déborde et explose un moment donné. Alors les quatre jeunes femmes prennent les devant pour sortir des abîmes où elles se perdent, prouvant ainsi à ceux qu’elles ont perdus qu’ils ont beaucoup plus perdu qu’elles en les quittant. Mais « personne n’a envie de parler de l’amour si ce n’est pour quelqu’un » alors elles se servent de leur vécu, font participer le public pour ne surtout pas faire de très grosse bêtise et n’importe quoi lorsque l’amour nous échappe. L’âge libre est comme une thérapie qui nous rappelle que l’amour c’est aussi douloureux mais pas mortel. Ça fait mal, c’est fort, c’est puissant, « ça peut porter comme ça peut détruire » mais il ne faut pas en avoir peur. Dans un spectacle cathartique, une litanie compulsive, une fureur d’aimer, l’amour s’exprime sur le ring de la vie et s’impose comme salvateur grâce à une parole libérée puisque l’indifférence n’est pas une solution. Il faut se dire les choses si nous voulons avancer ensemble dans une relation constructive.

L’âge libre secoue, chamboule, défoule ! Le combat survitaminé qui se déroule sur le ring et qui se propage peu à peu dans tout l’espace est incarné avec force et la Compagnie Avant l’Aube le mène tambour battant. Nous n’en ressortons pas K.O. mais au contraire, victorieux grâce à ces quatre filles incroyables qui parviennent à faire passer leur message sans agressivité et avec un réel talent. Enfin un spectacle enthousiasmant qui ne tombe pas dans la facilité. Il ne faudra pas rater la tournée de l’Âge libre, vous ne le regretterez pas.

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