Tony et Marilyn : des rêves à bâtir

Huit ans avant Certains l’aiment chaud !, Marilyn Monroe et Tony Curtis se sont rencontrés et ont vécu une histoire en toute insouciance. La fiction écrite par Jean-Philippe Bêche se base sur ces faits réels et tente de nous livrer un peu de cette intimité qui nous en dit un peu plus sur ces deux icônes cinématographiques. Ce n’est peut-être pas la vérité mais une vérité, celle à l’aube d’un rêve éveillé fait de strass et de paillettes mais surtout de fragilités humaines.

Tony et Marilyn
© Lot

Tony Curtis et Marilyn Monroe ! L’évocation de ces deux noms suffit à nous plonger dans une douce rêverie de gloire hollywoodienne. Et pourtant, ici, nous n’y sommes pas encore. Lui, vient à peine de se faire un nom et de tirer un trait sur Bernard Schwartz, un ancien délinquant sauvé d’une destinée peu glorieuse que lui réservait l’école de la rue grâce au théâtre et au cinéma. Elle, c’est encore Norma Jean Baker, une fausse ingénue, rêveuse, au caractère déjà bien affirmé et fondant ses espoirs dans une grande carrière. Nous sommes à l’instant d’une rencontre. Ils ne savent rien de où cela va les mener ni même qu’ils seront à nouveau réunis huit ans plus tard, en stars consacrées du septième art. Ici, plus rien ne compte autant que la réunion de deux solitudes, de deux rêves et l’envie de s’aimer le temps de quelques heures ou d’une nuit.

Nous aurions pu craindre une avalanche de clichés caricaturaux mais il n’en est rien. Jean-Philippe Bêche, qui avoue avoir eu l’idée de cette pièce à la suite d’une lecture de l’autobiographie de Tony Curtis évoquant cette furtive idylle restée secrète, fait preuve d’une écriture fluide, éclairée par un désir sincère de rester dans la sensibilité. Il dresse le portrait de deux êtres fragiles et complexes. L’évocation sensible de ces deux mythes en devenir, à l’aube de la carrière que nous leur connaissons désormais, est particulièrement convaincante. La mise en scène que propose Olivier Macé, simple mais pertinente, prend vie dans un intérieur chic et très mode du début des années 50 qui laisse le champ libre à la finesse du texte et au jeu des comédiens. Sur le plateau, le duo est en osmose et fonctionne sans réserve. Maud Baecker (faut-il y voir un signe du destin dans leur proche patronyme ?) est parfaite dans son rôle. Nous ressentons tous ses doutes et sa passion, de celles qui apportent autant de bonheur que de souffrances. Sa haine des hommes, l’absence de sa mère, ses rêves de mettre Hollywood à ses pieds… Rien n’est oublié mais tout est suggéré pour laisser éclore la chrysalide qui deviendra papillon quelques années plus tard. L’empathie qu’elle développe décuple les émotions et nous montre une Marilyn aussi complexe que séduisante. A ses côtés, Nicolas Van Beveren dégage un charisme fou et fait revivre un Tony Curtis plus vrai que nature. L’interprétation que nous offre ce duo est quasiment hypnotique pour un amour secret, intime, presque clandestin au goût d’une parenthèse enchantée à l’aube d’un rêve en passe de devenir réalité. Ils sont jeunes, fougueux, et aussi vrai qu’aucun homme ne fera plier les genoux de Marilyn, l’incarnation de ces deux stars nous donne envie d’en savoir plus, mais aussi de revoir Certains l’aiment chaud de Billy Wilder sous un autre regard, dans le sillon de cette anecdote qui nous montre une facette méconnue de l’icône Monroe.

Nous nous laissons embarquer dans leur histoire avec le bruit des vagues en fond. Avide de liberté, de gloire et de reconnaissance, Marilyn rayonne et brille de mille feux sur le plateau, sans pour autant éclipser son partenaire. La personnalité de chacun émerge et nous nous surprenons à être touchés par une sincérité désarmante. L’interprétation poignante y est pour beaucoup et aussi vrai que Marilyn était incapable de mentir, tricher ou manipuler, nous la déchargeons d’une partie de sa fragilité et de sa soif de vérité. Le pari est réussi haut la main et le désir de l’icône du cinéma est respecté quand elle dit « au mieux, quelques fragments de nous toucheront quelques fragments des autres ». Espérons une reprise prochaine sur Paris et en région pour que vous aussi vous succombiez au charme de la femme-enfant qui a croisé le chemin de celui qui l’encouragera à devenir celle qu’elle a toujours voulu être.

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