Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran : un exemple devant soi

Certains préjugés ont la dent dure mais dans la vie, le hasard fait parfois très bien les choses, et au Festival d’Avignon, difficile d’échapper à cette règle. Une amie, un conseil, une réservation et nous voici au Théâtre du Chêne Noir, pour redécouvrir le sublime texte d’Eric-Emmanuel Schmitt, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, où l’auteur est également et exceptionnellement interprète de cette histoire dans un seul-en-scène bouleversant, d’une générosité scénique incroyable, dotée d’une sobriété déstabilisante.

Monsieur Ibrahim
© L’ombre d’un instant

Moïse, dit Momo, se remémore avec tendresse son enfance, celle qu’il a passé dans l’épicerie de la rue bleue avec Monsieur Ibrahim. Il a alors 12 ans, dans le Paris des années 60. Ce jeune juif est en manque d’amour dans une famille qui le délaisse, mais trouvera l’objet de sa quête auprès du vieil épicier arabe du quartier. Le musulman au cœur d’or saura lui enseigner quelques secrets du bonheur et lui apprendre à sourire. Une belle leçon de vie, d’amour, de sagesse et de tolérance que nous fait revivre l’auteur d’un récit initiatique ne pouvant laisser indifférent.

C’est toujours une émotion particulière pour un auteur d’interpréter son propre texte. Eric-Emmanuel Schmitt passe l’exercice avec brio dans une mise en scène poétique et délicate d’Anne Bourgeois. Il réussit à nous émouvoir sans jamais tomber dans le pathos mais grâce à une écriture drôle et tendre, relevée grâce à une présence scénique justement dosée. Chaque détail sert le texte sans aucun passage en force. Tout n’est que suggestion, émotion et sensibilité. Alors, nous nous laissons porter par l’univers qui prend vie devant nous, comme la caresse d’une plume sur  une peau dorée par le soleil. Les jeux de lumières renforcent l’atmosphère quasi onirique du plateau et nous bercent dans un récit que nous recevons pleinement et duquel nous sortirons un peu différent, un peu plus grand, plus fort, mieux armé face à la vie. Selon Monsieur Ibrahim, l’arme absolue est le sourire et nous retrouvons cela tout au long de la représentation qui parviendra néanmoins à nous arracher quelques gouttes d’eau au coin des yeux dans les moments les plus touchants, notamment durant le voyage à Istanbul. Lorsque la mort s’invite dans l’apprentissage de la vie, nos larmes coulent sans que nous puissions les maîtriser, mais très vite, nous ravalons nos sanglots : VLAN, sourire ! C’est ainsi que nous pourrons continuer d’avancer. Il y a des enfances qu’il faut savoir quitter, même si cela fait mal.

Par les temps qui courent, à l’heure où la haine se vidange à tous les coins de rue, se réconcilier avec soi-même semble d’une nécessité absolue. Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran possède cette saveur unique de résonner très fort en nous, tout en offrant un moment rare aux allures d’échappatoire d’une actualité trop alarmante. Alors, un peu de tolérance sans guimauve ne peut pas nous faire de mal, surtout quand un tel texte, une telle pièce, redonne à l’humanité toute sa noblesse et sa générosité avec un talent indéniable. Monsieur Ibrahim est « ouvert de 8h à minuit, tous les jours, même le dimanche » en bon arabe commerçant qu’il est mais vous pourrez puiser une leçon de vie à n’importe quelle heure du jour et de la nuit avec le texte prodigieux d’Eric-Emmanuel Schmitt à se procurer d’urgence et dont la leçon de vie n’est pas sans rappeler celle que défendait Antoine de Saint-Exupéry dans Le Petit Prince : « On ne voit bien qu’avec le cœur ».

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