Handball, le hasard merveilleux : le match d’une vie

Il est des représentations hasardeuses qui se révèlent être de petites merveilles. Handball en fait partie. Le sujet ne nous interpellait pas plus que cela, craignant une présence trop marquée de l’aspect sportif annoncé dans le titre mais finalement la curiosité fut la plus forte et nous avons accepté de venir à la rencontre de la pièce de Jean-Christophe Dollé. Hasard merveilleux ou non, nous avons été emballés par cette création qui porte haut la parole de la réconciliation.

handball
© Christophe Raynaud de Lage

Sylvie entraîne avec passion l’équipe féminine de handball d’Aubervilliers. A l’occasion d’un tournoi de l’amitié, elle retourne en Algérie, à Constantine, dans la ville qui l’a vu naître et qu’elle a quittée à l’âge de 5 ans, en 1962, à la fin de la guerre. Un soupçon de légèreté s’empare alors de cette femme poignante et combattante au moment où souffle le vent de son enfance et de ses souvenirs. Des retrouvailles sur le chemin d’une incroyable succession de hasard merveilleux, conduisant à la réconciliation et à la guérison de blessures enfouies dont les cicatrices tendent à s’estomper.

Le hasard, c’est pour Brigitte Guedj « le désir inconscient de la connaissance de soi, le signe d’une loi mystérieuse qui, si on l’écoute, livre ses secrets ». Et l’histoire de Handball, c’est son terreau, son essence, ce qui a fait d’elle celle qu’elle est aujourd’hui. C’est aussi le récit d’une destinée improbable où le réel a su faire germer le rêve. C’est un peu tout cela que nous retrouvons dans la pièce, à commencer par un texte fort et extrêmement fluide qui se concentre sur la réconciliation d’un être avec lui-même, d’une famille, de deux pays, le tout sur fond de tolérance. Un hymne à la paix et à la fraternité avec pour message d’espoir qu’il ne faut pas laisser la religion empêcher les gens de s’aimer. Autant dire que cela trouve un écho salutaire aux conflits mondiaux actuels. « Quand on croit des choses, il faut les dire fort, même à ceux à qui ça ne fait pas plaisir » : et si c’était cela la ligne de conduite idéale ? Nul doute sur ce besoin de communication pour surmonter tous les obstacles.

Dans ce seule-en-scène, Brigitte Guedj nous offre une juste interprétation. Tour à tour drôle ou émouvante, elle se montre dynamique et nous coache efficacement ! Elle nous prend avec douceur et fermeté par la main pour nous entraîner dans son histoire avec conviction et sans complaisance. Loin de tomber dans les facilités des clichés ou du pathos, elle parvient à pousser un cri d’espoir et de paix dont nous avons tant besoin en ces périodes de trouble que nous traversons. La mise en scène de Laurent Natrella, sociétaire de la Comédie-Française, est pleine de magie : des ombres qui planent, des étoffes flottantes qui semblent suspendues dans les airs par des fils d’anges, un téléphone portable qui tombe avec délicatesse… Tout est à la fois léger et profond, réel et onirique. Une grande importance est donnée aux lumières d’Elsa Revol qui matérialise à merveille les allers-retours entre passé et présent, souvenirs et instant T.

Sylvie a passé son enfance à s’entendre dire qu’il ne fallait pas poser de questions, peut-être par peur que ce soit le monde qui lui réponde. Cependant, la quête de vérité est la plus forte et l’être humain se construit par un questionnement profond, pertinent et nécessaire. Cette contrainte, elle en a fait une force, d’autant plus qu’une femme « c’est comme un ressort : plus tu appuies dessus et plus ça rebondit haut ». Handball le hasard merveilleux nous envoie au visage, dans une passe subtile, que notre présent nous appelle, que notre vie nous appelle, peu importe le passé, à condition de savoir se poser les bonnes questions et trouver le chemin de la paix. Souhaitons que Brigitte Guedj puisse encore transmettre longtemps et le plus loin possible son message de réconciliation en allant à la rencontre d’un large public, comme par un merveilleux hasard.

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