Sons of a Nietzsche : philosophie musicale

C’est une découverte étonnante et quelque peu déconcertante qui nous attendait un soir d’été au Centre européen de la poésie d’Avignon. La compagnie Les Bacchantes marie notes de jazz et mots, poésie et philosophie et résonne au cœur d’un festival souffrant d’un mistral capricieux qui ne semble pas vouloir rafraîchir les températures élevées de la cité des Papes.

the sons of Nietzsche

Un quartet nous accueille dans la petite salle au plateau étroit qui confère à ce moment une dimension très intimiste. Devant nos yeux, grands ouverts comme nos oreilles, prêts à partir sur les chemins de la curiosité et de la découverte, se trouvent un batteur, Ianik Tallet, un contrebassiste, François Fuchs, un pianiste, Matthieu Jérôme et un comédien, Matthieu Dessertine. C’est lui qui va nous donner à entendre une poésie philosophique troublante. D’emblée, on le croirait vraiment « perché », dans un univers qui lui est propre. Il parvient cependant à nous en donner un aperçu bien que la musique soit trop forte la plupart du temps, nous empêchant de nous laisser réellement porter et toucher par les textes.

Pleinement investi, Matthieu Dessertine livre une impressionnante performance en s’appuyant sur des textes variés, allant de ceux du philosophe et poète allemand Friedrich Nietzsche aux mots du poète belge naturalisé français, Henri Michaud, sans oublier ceux de l’auteur franco-suisse Valère Novarina, du palestinien Mahmoud Darwich ou encore des philosophes français Maurice Blanchot et Gilles Deleuze. Les vers, les phrases prennent des sonorités jazzy et deviennent matériau nouveau, révélant aux auditeurs un incroyable sens du rythme et de la musicalité. Alternant moments calmes, posés et instants plus expressifs et dynamiques, l’atmosphère se fait tantôt intimiste et tantôt survoltée. Au son de la voix du récitant-interprète, nous ressentons à quel point il éprouve son texte, plus profond, plus viscéral mais l’accompagnement musical reprend le pas, passe outre et s’impose en force tandis que nous aurions apprécié un effacement plus marqué.

La voix se fait comme un cri qui se répercute dans l’ensemble de notre corps, qui se heurte à la surface de notre peau sans parvenir à y entrer, tel un inconnu à l’interphone dont on ne comprendrait pas le nom et à qui nous laisserions notre porte close. Sons of a Nietzsche a le goût d’un rendez-vous manqué. Et tandis que « se brisent toutes les barrières », Nietzsche nous livre sa vision du monde en déclarant que « par le chant et la danse, l’homme manifeste son appartenance à une communauté supérieure : il a désappris de marcher et de parler et, dansant, il est sur le point de s’envoler dans les airs. ». Il nous aura sûrement manqué quelque chose pour y accéder et c’est bien dommage car avec quelques réglages plus rigoureux pour faire l’écueil d’un passage en force, nous aurions pu entrer dans un univers atypique, entre poésie et philosophie, aux sons harmonieux.

 

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