Julien Alluguette : « Si, chaque soir, on arrive à changer la vie ou l’avis d’une seule personne, alors, le contrat est rempli »

Julien Alluguette est un acteur de 32 ans, nominé deux fois au Molière et qui jouait, durant le Festival d’Avignon 2016, le rôle du poète Rimbaud, dans une pièce mise en scène par Didier Long : Eclipse Totale qui arrive dès le 13 janvier 2017 au Théâtre du Poche-Montparnasse. Tombés en admiration pour ce jeune homme d’une sensibilité à fleur de peau en début de saison 15-16 grâce à son interprétation de Brian dans Les vœux du cœur, nous avons voulu en savoir un peu plus sur ce passionné au grand cœur, au détour d’un entretien qu’il nous a accordé avec une immense gentillesse doublée d’une sincérité inouïe.

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© SBJ

Quel est ton parcours, celui qui t’a mené jusqu’au théâtre ?

J’ai commencé quand j’étais très jeune, vers sept ou huit ans. Jusqu’à mes onze ans, j’ai pris des cours, en banlieue parisienne avec François Cadet qui est décédé depuis et qui jouait d’ailleurs dans Les enquêtes du commissaire Maigret. C’est lui qui m’a donné le goût et l’envie de la scène. Ensuite, j’ai commencé à avoir un agent mais mes parents ont déménagé en Savoie. J’ai donc arrêté le théâtre mais j’ai fait de la chanson, de la musique, de la danse. Il y a douze-treize ans, j’ai repris le théâtre quand je suis parti à Lyon. J’ai fini au Cours Florent à Paris et j’ai commencé à travaillé en même temps que je finissais ma formation.

Dans Eclipse Totale, tu interprètes Rimbaud. Quelle rencontre as-tu eu avec ce poète et comment as-tu abordé ce rôle ?

J’étais « assez flippé » [rires] parce que Rimbaud est une figure impressionnante de par la modernité et la fulgurance de son œuvre. Il a tout écrit entre seize et vingt-deux ans ! Moi-même, quand je lis ses poèmes, il y a des choses que je trouve, cent cinquante ans plus tard, d’une modernité absolue. C’est complètement dingue. Et puis, il y a un film qui s’est tourné avec Léonardo DiCaprio [Rimbaud Verlaine (Total Eclipse), sorti en 2005 ndlr] qui est basé sur cette pièce donc j’avais une petite pression en me disant « tu joues Rimbaud, tu passes après DiCaprio, tu as intérêt à être au taquet ». Je me suis préparé à ce rôle en lisant beaucoup de biographies sur Rimbaud, mais aussi sur son histoire avec Verlaine, sans compter les documentaires qui ont été faits sur lui, sur eux. Et puis évidemment, j’ai lu ses poèmes. Je n’ai pas tout lu et il y a des choses à côté desquelles que je suis passé. Il y en a d’une beauté sidérale. J’ai essayé de m’imprégner et de prendre la matière première en voyant ce qu’il en restait. Il ne s’agissait pas de faire une reconstitution totale de qui était Rimbaud parce que peu de choses restent, on a seulement quelques photos, mais je voulais surtout m’appuyer sur l’image que l’on peut s’en donner. Je voulais être le plus proche de cela et être davantage dans l’incarnation de cet aspect.

A quoi ressemble ta journée-type à Avignon ?

On se couche très tard, beaucoup trop tard donc forcément, on se lève tard. On essaye de profiter de la matinée pour se reposer, à quelques minutes des remparts. Ensuite, nous venons sur Avignon. On essaye d’aller tracter et parler du spectacle. De temps en temps nous allons voir les copains jouer. On arrive au théâtre vers 20h30 pour nous préparer, nous mettre en place, installer le décor pour être prêts à 21h45. Après la pièce, en général, nous allons boire des coups avec les copains qui sont venus nous voir, on discute un peu ou alors on rentre se coucher quand nous sommes vraiment trop fatigués.

As-tu eu un ou plusieurs coups de cœur dans cette édition 2016, que ce soit dans le IN ou dans le OFF, et si oui lesquels et pourquoi ?

Dans le IN, j’ai vu peu de choses mais j’ai été voir Le Radeau de la méduse de Thomas Jolly. Thomas est un copain mais c’est surtout quelqu’un que j’aime énormément. Je trouve son travail absolument admirable. Du coup, je n’ai pas été déçu, j’ai trouvé ça vraiment très bien. Dans le OFF, parmi ce que j’ai vu, il y a 31 [comédie musicale mise en scène par Virginie Lemoine ndlr] que j’ai beaucoup aimé et Adieu Monsieur Haffmann. Il y a aussi plein de choses que je n’ai pas encore eu le temps d’aller voir.

Dans Les vœux du cœur, tu interprétais Brian, un amoureux sensible et touchant. Dans Eclipse Totale, tu es Rimbaud. A chaque fois, les personnages que tu incarnes ont un rapport assez fort avec l’amour. Quel amoureux es-tu Julien ?

Je suis un idéaliste, un romantique mais en même temps, avec les années, j’essaye de me construire une petite carapace. Cependant, je reste un romantique, un utopiste, un idéaliste.

Justement, tu as 32 ans. Quel rêve voudrais-tu réaliser au cours des trente-deux prochaines années ?

Ça fait beaucoup encore trente-deux ans ! Être papa ! C’est l’un de mes rêves et c’est assez réalisable. A part ça, bien sûr je veux continuer à faire du théâtre et du cinéma, à continuer de mettre en scène des spectacles et à bosser avec des gens formidables. J’adore mon métier, ce que je fais et vivre des moments comme ceux que nous sommes en train de vivre sur Avignon.

Imaginons que tu sois contraint de partir sur une île déserte. Quel livre emmènerais-tu ?

Un poème de Rimbaud !

Quel est ton meilleur souvenir théâtral, que ce soit en tant que spectateur ou en tant qu’acteur ?

En tant que spectateur, c’est une question assez difficile parce que je vais beaucoup au théâtre et je vois beaucoup de choses magnifiques. S’il fallait choisir dans les dernières choses que j’ai vues cette année, je dirai Richard III de Thomas Jolly que j’ai trouvé formidable. J’avais vu aussi il y a quelques années Master Class avec Marie Lafôret qui m’avait mis une sacrée baffe. En tant que comédien, de l’intérieur, Equus reste pour moi un spectacle qui m’a beaucoup marqué mis en scène par Didier Long avec qui je joue actuellement.

Quel spectateur de théâtre es-tu ?

Je suis un spectateur très régulier. J’adore aller au théâtre. Je vais voir les copains mais j’adore aussi découvrir de nouvelles choses et me laisser embarquer pour de nouvelles pièces ou mises en scènes. Je suis très curieux, j’aime voir ce que font les autres. Comme je mets aussi en scène, j’aime repérer des comédiens et me dire « tiens, j’aimerai bien travailler avec lui un jour, le mettre en scène ou être son partenaire ». J’y vais toujours avec beaucoup d’envies, un peu comme un gamin qui va au spectacle.

Est-ce qu’il y a un personnage ou un type de personnages que tu aimerais interpréter ?

Oui, il y en a deux : Louis Laine dans l’Echange de Paul Claudel et Mozart dans Amadeus de Peter Shaffer. Ce sont deux petites partitions sympathiques et simples.

Quelle est ta vision du théâtre et quel rôle joue-t-il dans notre société actuelle ?

Il est absolument essentiel et primordial mais malheureusement, je pense qu’il y a beaucoup de choses qui essayent de mettre des bâtons dans les roues de cet art-là et que c’est vraiment dommage parce que pour moi, le rôle du théâtre, c’est d’élever les gens, de les faire réfléchir. Bien sûr, ça peut être avec divertissement et amusement, mais en tout cas, il faut chercher à élever les consciences en faisant prendre conscience aux gens du monde dans lequel nous vivons et dans lequel nous évoluons. Parfois, je regrette que certaines pièces cherchent uniquement à divertir, sans aucun propos réel derrière, sans message. C’est une chance de pouvoir jouer, mettre en scène, avoir un théâtre pour s’exprimer alors n’en faire qu’un divertissement banal, je trouve que c’est dommage. On peut être divertissant mais en faisant passer un message. C’est formidable quand on arrive à faire rire les gens avec un sujet qui va les faire réfléchir derrière. Je trouve ça beau parce que si chaque soir, on arrive à changer la vie ou l’avis ne serait-ce que d’une seule personne, alors, le contrat est déjà rempli ! C’est pour cela que l’on fait ce métier je pense.

Tu as été nominé deux fois aux Molières : en 2009 pour Equus et en 2016 pour Les vœux du cœur que j’avais personnellement beaucoup appréciée. Que peut-on te souhaiter de meilleur pour la suite ?

Le Molière ? [rires]. On peut surtout me souhaiter de pouvoir continuer à faire ce métier encore très longtemps et le faire avec des personnes que j’admire, avec lesquelles j’ai envie de travailler et qui ont envie de travailler avec moi en retour, avec des équipes aussi formidables que celles que j’ai pour le moment. Je suis très gâté : j’ai bossé avec des metteurs en scènes formidables, avec des équipes et des partenaires formidables, sur des rôles géniaux à défendre donc je me sens particulièrement gâté et en même temps, j’espère leur rendre la monnaie de leur pièce.

Après Avignon, quels sont tes projets ?

Un tout petit peu de repos. Après, je monte un spectacle au Casino de Paris. C’est un spectacle musical jeunesse qui s’appelle Peppa Pig à destination des petits, adapté d’un dessin animé assez connu en France et en Angleterre. Il sera joué à Paris pendant plusieurs mois avant de partir en tournée. A partir de fin septembre, je reprends, également en tournée, Les vœux du cœur et puis j’espère vraiment qu’Eclipse Totale débarquera à Paris en 2017. Après j’ai d’autres choses mais comme c’est un peu plus lointain, je t’en parlerai un peu plus tard si tu le veux bien.

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