Quand tu aimes il faut partir : voyage poétique

C’est au centre européen de la poésie d’Avignon que la compagnie Ephéméride nous a donné rendez-vous tout le mois de juillet pour un voyage poétique ponctué des mots de Blaise Cendras. Du Havre à la Sibérie, embarquez pour une heure de périple merveilleux sans escale, mis en musique avec une grande sensibilité.

quand tu aimes

C’est un récital de poche aux allures de guide de voyage poétique qui s’ouvre à nous dès les premiers instants. Le premier départ se fait en bateau. Cendras quitte l’Europe. Patrick Verschueren se présente à nous sans artifice. Assis sur un tabouret avec sa guitare, l’ambiance intimiste inspire confiance et la volonté de lâcher prise le temps d’un voyage. Sa voix grave et légèrement éraillée nous captive. Lorsqu’il aborde des duos avec Evelyne Boulbar, les voix se marient parfaitement et nous incite à nous laisser porter par les sonorités, les émotions, les ressentis.

« J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de ma naissance » dit Blaise Cendras à son arrivée à Moscou. Nous sommes en décembre et il entreprend un second voyage, en train, tout heureux et insouciant dans le transibérien qui l’emmène au loin et pourtant, il était « triste comme un enfant ». C’est un tourbillon émotionnel qui s’instaure et dans lequel, à ses côtés, nous oublions les inquiétudes. Par son regard, nous revisitons également la guerre qui a marqué sa vie durablement avec une sublime ouverture sur l’horizon invitant pleinement à rassembler les éléments épars. C’est un passé en couleurs qui renaît et voilà que sans crier gare, l’émotion nous étreint. Il ne reconnaît plus rien de sa jeunesse, de son passé : « la vie que j’ai menée m’empêche de me suicider ».

Dans cette création, Evelyne Boulbar se met au clavier et donne de la voix tandis que Patrick Verschueren donne de la sienne en s’accompagnant à la guitare. Ce n’est pas forcément évidement de poser des notes sur les mots de Blaise Cendars mais cela fonctionne. Si partir c’est un peu mourir soi-même, c’est aussi renaître à un autre endroit, changer, grandir, se perdre et se retrouver. « Et au bout du voyage, c’était terrible d’être un homme en compagnie d’une femme ». Dans les vers mis en musique, les images rythmées et développées dans ces textes font que nous nous abandonnons au « sursaut de la mémoire ».

« Quand on voyage, on devrait fermer les yeux » peut-on entendre comme conseil. Quand tu aimes il faut partir est une fabuleuse invitation à réinventer la vie à l’infini. Un voyage sans poésie, c’est comme Avignon sans soleil alors ne ratez pas le prochain train ou navire qui vous fera quitter votre port d’attache, qu’il soit géographique ou sentimental, pour de nouveaux horizons : se réinventer ou juste se rendre disponible à la rencontre, la découverte et l’émerveillement de la vie.

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