Huis-Clos : « l’enfer, c’est les autres »

Et si l’Enfer était le lieu idéal pour se dévoiler ? Dans Huis-Clos, Jean-Paul Sartre décrit merveilleusement cet endroit à travers le portrait de trois inconnus enfermés ensemble dans une pièce, pour l’éternité. Isabelle Erhart s’empare du texte pour en extraire une mise en scène minimaliste mais efficace que nous avons été découvrir au Théâtre de l’Ange durant le Festival d’Avignon 2016.

huis clos

Joseph Garcin est journaliste. Inès Cerrano est employée des Postes tandis qu’Estelle Rigaud est une riche mondaine. Ils sont trois, ne se connaissent pas, n’ont rien en commun, et pourtant, ils sont là, réunis dans la même pièce par un mystérieux personnage, cherchant chacun à échapper à leur sort et à cet Enfer où la torture se fait par l’absence. Ils sont tenus de faire connaissance.

La compagnie Les éclats de lettre s’empare avec brio de cette pièce exigeante. Gérard Cheylus est une sorte de Saint-Pierre aux allures de garçon d’étage. Il n’a qu’un petit rôle et nous le voyons peu mais sa prestation est impeccable et criante de véracité. La lumineuse Marta Corton Vinals est Estelle, parfaite bourgeoise qui attire tous les regards dans sa robe bleu roi. Elle insuffle à ce personnage haut en couleurs un jeu intense tandis qu’Isabelle Erhart, qui signe aussi la mise en scène, est Inès, homosexuelle dure au cœur tendre. La distribution se complète avec Thierry Angelvy qui donne de l’épaisseur au rôle de Garcin. Ils portent un regard différent sur ce qui se passe sur Terre en mettant en valeur le texte initial qui replace dans la lumière tout l’esprit de la pièce de Jean-Paul Sartre. Peut-on juger une vie sur un seul acte ? C’est ce que chacun devra analyser en tentant de faire un retour sur une existence où « seuls les actes décident de ce que nous avons voulu ».

Dans une mise en scène épurée voire minimaliste avec seulement trois sièges, un chacun, il y a par moment quelques petits soucis de rythme mais dans l’ensemble cela fonctionne parfaitement grâce à un jeu juste et profond. Le public, très proche du plateau, donne la sensation aux spectateurs d’être prisonniers avec le trio dans ce lieu. Nous faisons partie intégrante d’un huis-clos palpitant et prenant. Les jeux de lumière participent au changement de lieu (des halos bleus envahissent le plateau au moment où les personnages jettent un regard sur ce qui se passe sur Terre). Ils doivent maintenant se perdre ensemble ou alors s’aider. La manipulation par autrui se met en marche jusqu’à cette terrible mais véridique conclusion : « l’Enfer, c’est les autres. ».

Nous assistons donc à un huis-clos puissant qui nous fait plonger en enfer en compagnie de trois damnés envoûtants où il faut « se taire, regarder en soi et ne jamais relever la tête ». Gageons que la pièce sera reprise très prochainement vu la qualité de la proposition que nous avons eu le plaisir de découvrir en portant un regard neuf sur une pièce connue de longue date.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s