La vie bien qu’elle soit courte : une histoire de fous

C’est au Théâtre Buffon que nous avons rendez-vous pour découvrir La vie bien qu’elle soit courte, une pièce de l’auteur bulgare Stanislav Stratiev mise en scène par Sophie Accard et présentée par la compagnie C’est-pas-du-jeu. Un joli moment aux confins de l’absurde qui a le mérite de poser des questions essentielles autour du changement de vie pour changer le monde.

la vie bien qu'elle soit courte
© Tcho

L’architecte Stilianov joue gros ce matin : il a décidé de changer de vie et d’annoncer lors d’une réunion importante qu’il renonce, à l’avenir, à construire des immeubles plus que délabrés en s’opposant à l’attribution de l’agrément. Cependant, le sort joue contre lui puisqu’en s’y rendant, le bouton de son pantalon saute et voilà qu’il lui tombe sur les chevilles. Niveau crédibilité, il pourra repasser à moins de trouver rapidement une solution. Mais se faire entendre semble bien difficile et il va vite en faire l’expérience.

Dans une scénographie plutôt froide et austère imaginée par Blandine Vieillot, faite de grilles laissant éclater au grand jour tout l’aspect délabré des constructions de l’architecte. Tandis qu’il part à la recherche d’une épingle à nourrice ou d’un fil et d’une aiguille, le décor évolue pour signifier les différentes habitations qu’il va visiter. Mais à Sofia, en Bulgarie, la méfiance est de mise. Bougeant au gré des envies les éléments, les lieux se démultiplient en même temps que les personnages. Les jeux de lumière de Sébastien Lanoue renforcent la fluidité de l’intrigue. Tout est parfaitement maîtrisé et parvient à nous prendre la main pour nous emmener dans cet univers plus profond que l’histoire ridicule du pantalon de l’architecte pourrait le faire croire. Inutile de résister, la pièce secoue nos consciences où tout ne tient qu’à un fil.

La vie bien qu’elle soit courte prend en charge à la fois une narration et une incarnation, le tout agrémenté de commentaires additionnels teintés d’humour. Peu à peu, nous glissons dans le domaine de l’absurde au cœur de cette course contre la montre. Léonard Prain est touchant de justesse dans le rôle de l’architecte qui passera par plusieurs phases, allant du désespoir à la colère. Son dédoublement de personnalité est incroyable.  Le récit du coup de folie qu’il a eu en pensée est excellent. A ses côtés, Sophie Accard et Tchavdar Pentchev témoignent d’un bel abattage scénique en incarnant une pléiade de personnages très différents auxquels ils parviennent à donner de belles couleurs en très peu de temps.

Cette histoire de fous, qui est celle de tous ceux qui finalement décide de changer de vie offre un très beau moment dans les dédales absurdes de la conscience humaine. « Vous croyez que votre vie vous appartient, que vous pouvez en disposer, sans vous soucier des autres ? Mais la société ? Vous en faites quoi de la société ? ». La pièce nous rappelle que les individualités ne peuvent exister que dans une collectivité qui nous influence constamment. Le pouvoir de l’inconscience est bien plus grand que nous l’imaginions et la pression sociale, invisible, sévit depuis toujours. La vie bien qu’elle soit courte nous invite à réfléchir sur l’acceptation du lâcher prise pour faire tomber les barrières et avouez-le, nous en avons bien besoin.

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