Prima Donna et Rufus Wainwright en clôture de la 70e édition du Festival d’Avignon

L’édition 2016 du Festival d’Avignon touche à sa fin et la cour d’honneur du Palais des Papes va bientôt retrouver pour quelques mois sa tranquillité. Avant cela, c’est Rufus Wainwright, qui clôturera ces soirées de succès dans ce lieu magique en proposant une soirée en deux parties : son opéra Prima Donna en version concert puis un piano-voix tout en sobriété.

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© SBJ

Soirée d’émotions en ce 24 juillet 2016. Le Festival d’Avignon touche à sa fin et les spectateurs se pressent dans les allées de la cour d’honneur. Ils sont venus pour Prima Donna, l’opéra du québécois Rufus Wainwright, connu notamment pour ses compositions de musiques de films ou encore ses chansons pop romantiques envoûtantes. Prima Donna est un opéra en cinq actes, écrit en français et d’une durée plutôt courte puisqu’il dépasse à peine les soixante minutes. Pour cette version donnée au Palais des Papes, un film inédit de Francesco Vezzoli a été tourné avec Cindy Sherman pour en faire un concert visuel en projetant les images enclin à une sobriété épurée sur la façade de la cour d’honneur. Particulièrement plaisante, l’ouverture, avec la vivacité des cordes et des flûtes, nous a donné à entendre une fugacité savoureuse. La direction, précise et sans concession, de Samuel Jean à la baguette nous a enchanté au plus au point tandis que la déception naissait peu à peu du côté vocal. L’orchestre régional d’Avignon-Provence a livré une partition sans faute pour cette première française. La soprano Pauline Texier en servante est merveilleuse, donnant de la voix telle une princesse délicate échappée des dessins animés de Disney, de même que le ténor Antonio Figueroa dont la note finale erre encore dans notre mémoire. La Prima Donna, c’est Lyne Fortin, émouvante même sans déplacements scéniques. Les fêlures et la perte de la voix de cette femme la contraignent à vivre recluse dans son appartement mais les démons du passé ne sont jamais loin dans ce drame intime et artistique. Les trois voix sont parfaitement maîtrisées, en particulier dans les aigus et tous sautent allègrement et avec aisance sur l’amplitude des gammes aux allures de montagnes russes. Le jeu des timbres est vraiment intéressant dans l’évolution temporelle de l’œuvre. Le problème ne vient évidemment pas de la distribution, sublime mais bel et bien d’un souci technique. Un mauvais retour ou un malencontreux réglage nous prive d’une bonne partie du livret. Bien que les interprètes redoublent d’émotions pour nous faire tenir éveillés jusqu’au bout, nous ne comprenons pas toutes les paroles, pourtant en français, et n’avons que l’aspect visuel auquel nous raccrocher. Cela manque cruellement de puissance. C’est bien dommage car nous aurions aimé fermer les yeux quelques instants durant cet opéra romantique pour nous laisser imprégner de l’atmosphère bien particulière de cette soirée où un air d’opéra soufflait fraîchement dans la cour d’honneur du Palais des Papes où l’extériorité du lie décuple, normalement, les sensations et les émotions. Heureusement qu’il nous restait les nuances d’une écriture musicale mature et sensible mais « les feux d’artifice sont finis » et ne permettent pas à Rufus Wainwright de briller ce soir-là.

Dans une seconde partie, fort heureusement, tout s’arrange. Changement radical d’ambiance avec un piano-voix qui se veut beaucoup plus pop et romantique. Rufus Wainwright a offert un bel hommage à sa défunte mère, Kate McGarrigle en reprenant quelques unes de ses chansons, mais aussi aux victimes des attentats, notamment de Nice, auxquelles il dédie l’air des Feux d’artifice de Prima Donna. Jouant du piano à une seule main, ou entraîné dans une dynamique plus vive, l’auteur-compositeur-interprète a fait frissonner d’émotions les spectateurs nocturnes du Palais des Papes. Woodkid fut invité à venir interpréter en duo avec Rufus le merveilleux Dis quand reviendras-tu ? de Barbara qui nous a fait échapper une petite larme tant la beauté des deux voix se mêlant ensemble sous le ciel étoilé nous a fait chavirer. Il en fut de même pour la Complainte de la butte, où nous avons pu redécouvrir le texte dans une douceur et une profondeur infinie. Le reste fut tout autant sublime, jusqu’à l’Hallelujah en rappel. Quel moment inoubliable !

L’édition 2016 du Festival d’Avignon pourra se vanter de la qualité et du succès des quatre propositions faites dans la Cour d’honneur du Palais des Papes. Il est déjà temps de rendre les clés mais c’est pour mieux nous retrouver l’an prochain dans ce même lieu mais pour de nouvelles émotions.

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