Leïla se meurt : l’humilité du deuil

Après avoir présenté sa création Fatmeh il y a quelques jours, Ali Chahrour revient au Festival d’Avignon avec Leïla se meurt, un spectacle pluridisciplinaire dans lequel il exprime le deuil, le rapport du monde à la mort mais aussi un héritage culturel en mettant en scène les pleurs de Leïla Chahrour avec tous les rites que cela comporte. Si l’œuvre nous touche, elle ne parvient pas à nous bouleverser autant que l’opus précédent mais a le mérite de poser les bonnes questions.

leila se meurt
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

A cour et à jardin : des instruments de musique. Au centre, un tapis rouge oriental sur lequel trône un fauteuil. Trois hommes viennent se placer autour et attendent l’entrée de Leïla. Ils entonnent un chant religieux a capella, un chant de louanges à Dieu, la femme reste silencieuse, comme dans une posture de recueillement. Puis sa voix plaintive se mêle au trio masculin. Tandis qu’un duo de musiciens se forme, le vent s’engouffre dans les branches et agitent les feuilles des deux arbres majestueux qui ornent le Cloître des Célestins, venant accompagner le chant de Leïla.

Cette femme a 50 ans et trois enfants. La narration qu’elle débute au micro laisse se dévoiler une vie de chagrin, ponctuée par la mort venue s’installer à intervalle régulier dans son foyer. Son père, son frère aîné, sa mère, son autre frère, sa sœur… Les défunts se succèdent dans son existence tandis qu’elle nous fait réentendre les vers du Coran qu’elle leur adressa comme un dernier message d’amour. Elle s’appuie aussi sur des Ataaba, des chants de reproches à ceux qui sont partis. C’est elle l’âme de son foyer et malgré les souffrances qui jonchent sa vie, elle nous insuffle une force incroyable.

Musique, chant, danse… Leïla se meurt brase différentes disciplines pour nous faire entrer dans la tradition et le quotidien de cette femme qui se présente à nous en toute humilité. De très beaux tableaux émergent comme celui où elle se met à danser avec son fils qu’elle étreint d’une grande tendresse maternelle avant de lui confier ses lamentations, celles qui viennent de son cœur blessé ou encore celui où elle jette des pétales de fleurs rouges sur le mort dans l’esprit flotte durant quarante jours. Certaines gestuelles sont poignantes, à l’instar de ce  moment où, avec Ali Chahrour, elle lui frappe le crâne avant que ce dernier ne prenne le relai, avec ses deux mains, jusqu’à finir étourdi à genoux avant de mourir. Son corps sera évacué avec lenteur par les deux musiciens, Ali Hout et Abed Kobeissi.

Leïla fait jaillir les larmes de ses yeux et il y a quelque chose de lumineux et d’optimiste dans l’expression du deuil faite par Ali Chahrour sur le plateau, malgré un cœur changé en braise par la mort. La cérémonie rituelle à laquelle le chorégraphe libanais nous invite à, par moment, la beauté pure et transcendante de la tradition musulmane nourrie des rites orientaux mais demeure inégale dans sa forme. Cependant, nous regrettons juste de ne pas avoir réussi à nous laisser pénétrer par une émotion qui nous regardait de loin. Pourtant sensibles au chagrin et aux lamentations exprimées, c’est comme si nous étions restés extérieurs tout en regardant avec intensité une envoûtante proposition, captivante mais non bouleversante.

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