Babel 7.16 : le métissage de la communication

Créé en 2010 par le tandem Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet pour leur premier projet en duo, Babel se voit attribuer une recréation en cette année 2016 et traite de la relation entre le territoire et la langue tout en interrogeant le rapport à l’autre. Si dans le titre, nous pouvons y voir la marque du mois et de l’année, il se pourrait bien que 7.16 possède une autre référence mais s’enracine pleinement dans notre société actuelle, à cet instant T, où la peur du futur fait rage.

babel
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Un carré de lumière, une femme. Tandis qu’elle disserte sur l’importance d’être ensemble et sur la gestuelle et les paroles primordiales dans la communication, dix-neuf personnes viennent s’agenouiller, en ligne, derrière elle. A cour et à jardin, un batteur-percussionniste attend. C’est au son du rythme du tambour que se déroule la première chorégraphie collective et linéaire qui, très vite, évolue en duos ou trios changeants. Mais il faudra attendre le deuxième tableau pour que la scénographie s’enrichisse et que le plateau s’anime réellement avec la thématique de l’enfermement qui émerge de ces volumes créés par Antony Gomley dont ne subsistent que les arêtes. Un cube et quatre pavés droits, de différentes dimensions, sont manipulés au gré des envies, à l’infini, alternant tempo calme et musique dynamique, le tout agrémenté par une chanteuse installée au sommet du Palais des Papes, sur l’une des terrasses d’une tour, à jardin. Mais vouloir créer une tour pour toucher le ciel, c’est s’exposer à la punition divine qui va s’abattre sur la communication. Pourtant, communiquer est essentiel dans notre société car sans cela, c’est le chaos qui nous guette.

Babel, c’est un savant mélange de nationalités, de corps, de personnalités telle une arche de Noé pour tenter de sauver ce qui nous échappe. Le spectacle nous offre un véritable choc des cultures, des langues, des pensées avec une belle dose d’espoir et de respect. Nous plongeons dans un voyage dépaysant au pays de la différence où la question de l’identité se place au cœur de la réflexion, soulignée par un métissage musical fort intéressant. C’est un émerveillement de nous confronter à la vision des deux chorégraphes, nous, dépourvu d’humour. Notons le fabuleux passage d’un duo frais et plaisant entre Ulrika Kinn Svensson en femme-robot futuriste et Francis Ducharme (que nous avions adoré dans La très excellente et lamentable tragédie de Roméo et Juliette donnée cette saison à Chailllot), redevenu pour un temps l’homme préhistorique bourru comme pour accentuer l’évolution pharaonique entre des origines ancestrales et un futur à bâtir dans un monde d’innovations où tout va trop vite.

Certains passages sont flottants, fragiles, voire naïfs. L’ensemble est inégal, parfois bavard au milieu d’un chaos verbal expressif, mais c’est à peine si l’on fit attention aux quelques gouttes de pluie venues s’inviter dans la Cour d’honneur en ce soir de première. Ce n’est clairement pas l’une des meilleurs propositions du chorégraphe (nous pensons notamment à Foi en 2003 en collaboration avec les Ballets C de la B ou encore plus récemment à Harbor Me, splendide pièce créée en 2015 au Théâtre du Châtelet à Paris), cependant, Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet poussent à nouveau un grand cri, celui du cœur, face aux temps sombres de notre monde. Cela fait un bien fou, comme une petite bouffée d’oxygène dont nous avons tant besoin par les temps qui courent.

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