Espaece : la scène comme page du livre

Avant une tournée dans toute la France, qui fera escale les 17 et 18 novembre 2016 à la Maison des Arts de Créteil, Aurélien Bory présente sa dernière création, Espaece, à l’Opéra Grand Avignon, inspirée par une œuvre de Georges Perec par laquelle il nous donne à raconter le monde de manière sensible et poétique. Dans une forme épurée, il conjugue les arts et les registres pour déployer les multiples dimensions de l’espace.

espaece
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Lire ! Lire Espèces d’espaces en entier. Cette œuvre de Georges Perec a longuement habité Aurélien Bory avant qu’il ne propose son inspiration scénique. Sur le plateau, tel une grande page blanche qu’il reste à écrire, cinq personnes occupent l’espace. Aucun mot n’y sera prononcé, tout ne sera que souffle, suggestion, idée. Dans une poésie absolue, le concepteur marie les genres du théâtre, de la danse, du cirque, du chant lyrique et de la musique en nous invitant à nous laisser porter, transporter même dans un espace infini, comme s’il s’agissait d’un terrain de jeu, d’un nouveau chapitre à écrire pour laisser une trace ou tout simplement occuper le vide.

Les tableaux se succèdent avec un jeu sur toutes les dimensions possibles de l’espace envisagé dans différentes perspectives : des barres suspendues horizontalement sur lesquelles certains se suspendent pour explorer le plateau dans sa largeur, un mur qui va d’avant en arrière et engloutit l’espèce humaine, à l’exception d’un, dont l’embonpoint est un obstacle à son passage dans une étroite trappe… Par ailleurs, le mur s’inclinera, deviendra volume géométrique avant de se déployer à nouveau. Il se déforme, ondule, avale les hommes, les « recrache ». On l’escalade, on en chute aussi, on s’y repose, on y apparaît, on y disparaît. Guilhem Benoit, Mathieu Desseigne Ravel, Katell Le Brenn, Claire Lefilliâtre et Olivier Martin-Salvan s’amusent des différents codes, des registres (comique, absurde, burlesque, tragique…), des combinaisons infinies offertes par Aurélien Bory et sa scénographie monumentale qui ouvre le champ de tous les possibles. Le livre, la page, les mots ne sont jamais bien loin dans une allégorie du théâtre et du plateau sensiblement touchante. La lecture acrobatique laisse entrevoir de belles suggestions, tout comme les mots « errer », « écrire » ou « réécrit » qui se forment en lettres lumineuses. La création d’images vient heurter notre imaginaire et décuple les émotions, comme elle multiplie les silhouettes au laser vert sur le tissu blanc, perpétuant la survie de l’espèce humaine dans un espace défini.

Espaece a la saveur d’un doux voyage, comme une rêverie délicate où le sens nous échappe, parfois, mais où il fait si bon de ressentir autrement que de manière cérébrale toute la poésie qui en émane par une espèce, celle humaine, dans un espace, le théâtre, afin de remplir un vide, de laisser une trace. Aurélien Bory nous parle d’espace mais aussi de temps… « Vivre, c’est passer d’un espace à un autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner ». Le conseil, donné non pas à cœur ouvert mais à livre ouvert dans une très belle mise en forme, mot à mot, jusqu’à reproduire l’ensemble de la citation, nous rappelle à quel point il nous parle de la vie, tout simplement.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s