L’Iliade : jeunesse et fougue modernise l’épopée d’Homère

L’Iliade, célèbre épopée du poète grec Homère, composée de 24 chants et de 15 337 vers, débarque à la Manufacture à 21h20 dans une mise en scène de Pauline Bayle qui y insuffle un vent de modernité et une touche d’originalité pour une représentation de qualité à découvrir sans plus attendre durant ce Festival d’Avignon.

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©Pauline Le Goff

L’Iliade raconte la dernière année du siège de Troie. Cette guerre, qui aura duré dix ans, trouve son origine, comme souvent dans la mythologie grecque, dans un conflit relationnel entre les Dieux et les Hommes. Vexée de n’avoir été invitée aux noces de Pélée et Thétis, Eris, déesse de la discorde, jeta dans l’assistance une pomme d’or portant l’inscription « A la plus belle ». Zeus, ne souhaitant pas trancher entre sa fille Athéna (déesse de la guerre et de la sagesse), sa sœur Héra (déesse du mariage et de la fécondité) et son autre fille Aphrodite (déesse de l’amour et de la beauté), s’en remit au jugement d’un mortel, Pâris, berger, fils de Priam, le roi de Troie. Choisissant l’amour d’Hélène, il enlèvera sa promise à Ménélas qui, furieux, engagera avec son frère Agamemnon une terrible bataille contre les Troyens. Le poème lyrique d’Homère s’ouvre sur une querelle entre les deux chefs, Agamemnon et Achille. Ce dernier, mécontent d’avoir été humilié devant ses compagnons, se retire de la guerre. C’est à cette dispute, ce terrible affrontement verbal, que nous assistons dans le hall du Théâtre de Belleville, en préambule du spectacle, cueillant le public sans transition et l’entraînant dans les tourments d’une bataille épuisante. Ulysse tente en vain de calmer les deux parties puis fait la liste des hommes engagés dans la guerre contre Troie. Mais sans Achille leur meilleur guerrier, les Grecs vacillent et chacun se demande comment faire pour gagner la guerre sans lui.

Dans une scénographie épurée de Camille Duchemin composée uniquement de quelques chaises et de deux grandes affiches au mur faisant l’inventaire des forces grecques (Agamemnon, Achille, Ulysse, Ajax-le-Grand, Phénix, Diomède et Patrocle) opposées aux Troyens (Priam, Hécube, Andromaque, Hélène, Hector) jusque dans la répartition de l’espace scénique, la jeune Pauline Bayle propose une mise en scène originale et énergique surmontée d’une touche d’humour dans laquelle les cinq acteurs se voient attribuer plusieurs rôles, rendant la plupart des personnages d’Homère asexués. Les passages de narration chorale et ceux de scènes de l’Iliade nous plongeant dans l’épuisement de la guerre de Troie, s’articulent habilement sur le plateau grâce à des jeux de lumières et des accessoires utilisés de manière pertinente afin de rendre la compréhension évidente. S’attaquer à un tel monument littéraire n’est pas chose aisée mais la proposition présentée affiche une fluidité déconcertante et le dynamisme des acteurs rehausse l’ensemble, le quintette se plaçant au service des mots d’Homère, terreau fertile d’une adaptation intelligente et percutante. L’épopée parfois indigeste d’Homère devient accessible et la pièce rend parfaitement fluide un texte dense devenu limpide dans ce condensé éblouissant.

Si chacun se montre particulièrement convaincant dans l’incarnation de ses personnages, nous nous devons de souligner la prestation magistrale de Charlotte Van Bervesselès, bouleversante dans le rôle d’Achille qui ne souhaite plus combattre aux côtés d’Agamemnon. Son récit poignant après la mort de son compagnon Patrocle où il avoue sa faiblesse de n’avoir su le protéger est incroyable. Décuplant sa colère, Achille reprendra les armes (magnifique image que celle où il se pare de paillettes d’or) et exprimera toute sa fureur par des éponges de sang essorées dans un formidable mouvement de rage, se jetant corps et âme dans la bataille jusqu’à assouvir son désir de vengeance. Florent Dorin quant à lui est une Héra mutine très drôle dans sa reconquête de Zeus en séductrice fatale. Alex Fondja est très expressif et parfait dans chacun de ses rôles tandis que Yan Tassin incarne, entre autre, un Poséidon naïf, un suiveur qui n’a pas d’avis propre. Il se révélera excellent dans un rap au micro, en direct du champ de bataille et un Patrocle très touchant. Hector est également très bien traité dans la psychologie de son personnage. Le meurtrier de Patrocle nous touche à chaque instant et plus encore dans sa terrible négociation avec Achille sur le point de le tuer afin que l’on rende son corps aux Troyens qui le pleureront lors d’un rite de mort de douze jours. Enfin, Pauline Bayle est une Thétis, mère protectrice d’Achille, d’une grande douceur. Tantôt grecs, tantôt troyens, les spectateurs sont pris à parti et se laisse emporter sans résistance dans cette histoire terriblement humaine.

S’il est vrai que Pauline Bayle prend des risques mesurés pour présenter une telle adaptation de l’Iliade, ses choix de mise en scène se montrent excellents, réfléchis et percutants avec de belles trouvailles scéniques, sensées et marquantes. Il faudra certainement suivre de très près l’évolution de la jeune femme à qui l’on souhaite de continuer dans cette voie où elle s’est engagée avec conviction et talent.

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