Pour que tu m’aimes encore : l’âge d’or de l’adolescence

Après un premier volet La banane américaine en 2011 consacré à l’enfance, Elise Noiraud revient avec le chapitre 2 de la vie du personnage qui porte le même prénom qu’elle. Dans Pour que tu m’aimes encore, c’est la période de l’adolescence qui est mise en lumière dans un savoureux seule-en-scène dressant le portrait de ceux qui gravitent autour d’une jeunesse en devenir. A déguster aux Ateliers d’Amphoux à 21h40 durant le Festival d’Avignon.

elise
© DR

Elise a treize ans et demi, cet âge charnière où les mois semblent une éternité et prennent de l’importance lorsque l’on s’apprête à quitter le monde rassurant de l’enfance. La jeune fille a des rêves plein la tête qu’elle confie à son journal intime, tentant de se construire entre une mère envahissante, les amours naissantes, les copines, les premières boums et son affection débordante pour Céline Dion. Comme toutes les adolescentes, Elise ressent des émotions bouillonnantes, changeantes et parfois contradictoires. Les souvenirs évoqués prennent des allures de madeleine de Proust de notre propre adolescence envolée : les premiers émois, les incompréhensions et les coups de cœur artistiques et musicaux qui traduisent au mieux ce que l’on vit et traverse à cet âge où l’on est pressé de grandir tout en voulant conserver le caractère protecteur de l’enfance. Il y a la fête du collège qui se prépare avec une chorégraphie sur la chanson Pour que tu m’aimes encore de son idole et aussi le voyage en Pologne qui lui fait comprendre certaines choses avec une distance nécessaire. Et puis il y a Tony, le garçon dont Elise dit que sa tête est comme un pays qu’elle ne connaît pas. Car c’est aussi le moment des grandes découvertes du sentiment amoureux.

C’est donc l’âge délicat de l’adolescence qui est ici mis en avant et sur lequel Elise Noiraud pose un regard à la fois juste et sensible, tendre et délicat, drôle et pétillant. Sur le plateau, elle abat une folle énergie pour faire s’animer toute une galerie de personnages, allant de la standardiste d’un jeu radiophonique à la dynamique prof d’EPS au langage fleuri voire ordurier en passant bien évidemment par Elise, sa mère déprimée et dépassée ou encore ses copines. Pour cadrer cette tranche de vie intimiste, pas de décor, juste une scénographie minimaliste composée d’une chaise et d’une petite malle au trésor d’où la comédienne sort quelques accessoires afin de donner vie aux protagonistes hauts en couleurs qui gravitent autour de la jeune fille. C’est dans un rythme effréné que nous découvrons le petit monde d’Elise. La parole est tourbillonnante et déversée à profusion comme les pensées que l’on a à cet âge en s’imaginant être et avoir une personnalité incroyable. Et il y a cette bande-son qui donne son titre au spectacle jubilatoire et énergique

Elise Noiraud, qui a reçu le premier prix du concours des Jeunes Metteurs en scène 2015, décerné par le Théâtre 13 pour Les fils de la Terre d’après Edouard Bergeon, nous replonge avec délice et finesse dans toutes ces petites choses qui prennent de l’importance lorsque l’on a treize ans et demi et toute une vie à s’inventer et se construire. Nous lui adressons autant de bravos qu’il y a de grains de sable sur la plage avec une insouciance salutaire pour avoir fait remonter à notre conscience cette période ingrate mais rêvée de notre vie, entre nostalgie et soulagement d’en être sorti.

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