Claquements d’elles : s’apprivoiser au féminin

C’est dans le tout petit théâtre Pandora que nous avons rendez-vous en ce vendredi soir pour partir à la rencontre d’Elles, ces trois femmes qui s’apprivoisent dans une pièce savoureuse de Béatrice Collas, décortiquant à merveille les aléas de l’existence qui bouleversent toute une vie. Quand le hasard s’en mêle et que le destin réunit ceux qui n’ont rien en commun, cela donne un très beau moment théâtral.

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© Sabine Dalboussière

Anne-Charlotte est mère au foyer. Maman stressée, catholique convaincue, elle se démène comme elle peut avec ses principes bourgeois. Sandra, elle, est ce que l’on appelle une femme active. Avocate et bourreau de travail, elle a un emploi du temps de ministre et se sent un peu dépassée depuis la naissance de ses jumelles Rose et Prune. Maryline, professeur d’Arts Plastiques au collège, est une artiste contrariée qui ne cesse de se questionner sur le monde et sur elle-même. Maman plutôt cool, elle est actuellement en panne d’inspiration et de créativité. Grâce à leurs enfants qui sont dans la même classe, ces trois femmes que tout oppose vont se rencontrer à la sortie de l’école pour faire un bout de chemin ensemble et nous donner à voir et ressentir quelques tranches de leur amitié providentielle les unissant pour toujours.

Comment s’apprivoiser comme dans le texte du Petit Prince de Saint-Exupéry ? C’est cette question qui apparaît en filigrane d’une pièce intimiste, joyau scénique bénéficiant d’une distribution exceptionnelle. Manon Balthazar (Maryline), Leslie Coudray (Sandra) et Marina Glorian (Anne-Charlotte) sont tout simplement fabuleuses. Lumineuses à souhait, elles livrent une véritable performance scénique, chacune donnant du relief à son personnage dans une mise en scène touchante d’Elza Pontonnier qui parvient à gérer parfaitement l’exigu espace scénique du plateau du Théâtre Pandora. Cependant, cela constitue le cadre idéal pour les confidences de ces femmes, leurs tranches de vie qui forment une pièce intimiste en adéquation avec l’écriture sensible et maîtrisée de Béatrice Collas. La scénographie astucieuse nous fait passer en un instant du parc au hammam ou dans le salon cosy de Sandra. Pas besoin d’être mère pour se reconnaître dans l’une ou l’autre de ce joli trio féminin, pétillant et touchant : il suffit d’avoir une âme sensible aux difficultés de vivre pour trouver de quoi nous bouleverser dans nos propres convictions personnelles sur les hasards de la vie. Des discussions autour des hommes, des enfants, du travail, du stress de la vie quotidienne, de la maternité, de la féminité… autant de thèmes abordés avec subtilité jusqu’au dénouement poignant où l’émotion nous étreint à l’émergence d’un secret qui les lie à jamais. Anne-Charlotte parle même de sexe avec ses nouvelles amies : « J’ai un mari appliqué comme un footballeur : sans les mains et droit au but ». Sandra prend enfin un peu de temps pour elle et Maryline exprime ses failles les plus intimes. C’est elle qui nous bouleverse le plus. Le texte, succulent, dynamise l’ensemble de ce spectacle traitant de la rencontre triangulaire de trois femmes, trois tempéraments, trois façons de penser et de vivre. « L’amitié est de l’amour léger » mais aussi un ciment indestructible quand les épreuves soudent la nature humaine même si tout devient flou quand les sentiments s’en mêlent. Ce sont les choix que nous faisons sur le chemin de vie qui font ce que nous sommes aujourd’hui et ces trois femmes nous le rappellent avec douceur.

Quelle formidable découverte que cette pièce Claquements d’elles ! Nous avons été particulièrement touchés par l’écriture, la mise en scène et le jeu sans faille des comédiennes qui font s’apprivoiser leur personnage avec une aisance naturelle. Les traits de caractères sont un peu caricaturés mais rien de lourd, bien au contraire : il y a une certaine forme de légèreté qui nous emporte et nous touche profondément. Il y a certaines rencontres qui deviennent des amitiés durables, de celles qui marquent pour la vie. Claquements d’elles est à l’image de ce hasard de l’existence, qui sait intensifier les petits bonheurs sans que nous l’ayons vu venir.

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