Dormir cent ans : l’onirisme de l’adolescence

C’est du 14 juin au 2 juillet 2016 que Pauline Bureau et la Compagnie La part des anges nous propose à nouveau de Dormir cent ans au Théâtre Paris-Villette grâce à la reprise d’une chronique onirique sur l’adolescence, ses débuts, ses changements, ses envies contraires et ses rêves qui s’adresse à un large public à partir de 8 ans et ouvre avec délicatesse le champ des possibles. Une très jolie découverte servie par une incroyable scénographie.

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Aurore a douze ans. Elle déteste le silence et sent que quelque chose est en train de changer en elle mais elle ne sait pas vraiment quoi. Elle a beau se prendre en photo, elle ne parvient pas à saisir la transformation qui s’opère. Elle fait de la danse et du piano. Elle aimerait bien savoir ce que ça fait d’embrasser avec la langue. Théo lui, a treize ans. Son père n’est pas souvent à la maison alors c’est le roi grenouille, héros de sa bande-dessinée préférée, qu’il est le seul à voir et qui lui tient compagnie. Il aime faire du skate mais se sent souvent enfermé dans une pesante solitude. Alors, dans leurs rêves, la nuit, Aurore et Théo se rencontrent et cherchent les réponses aux questions qu’ils se posent.

L’héroïne se nomme Aurore, comme la Belle au bois dormant, conte de fée de notre enfance auquel le titre fait explicitement allusion. Ce ne sera pas la seule référence métatextuelle du spectacle puisque nous trouverons des détails provenant du Livre de la jungle ou encore d’Alice au pays des merveilles. Dans ce conte moderne, les parents sont totalement dépassés et les enfants sont livrés à eux-mêmes pour comprendre les interrogations et les métamorphoses en cascade qui surgissent avec l’adolescence : « Dans mon corps, une femme s’installe. A son rythme, elle prend son temps. Elle s’installe et je l’attends. » se rassure l’une tandis que l’autre se lamente sur un triste constat : « Ma tête voudrait pleurer mais mon corps n’y arrive pas. ». Sur le plateau, Camille Garcia (en alternance avec la talentueuse Géraldine Martineau, Molière 2016 de la révélation féminine pour son rôle dans le Poisson Belge de Léonore Confino) est particulièrement touchante. Sublime chrysalide devenue papillon, elle fait des étincelles aux côtés de Marie Nicolle, aussi convaincante dans la peau de Théo que dans celle de la mère d’Aurore, déjantée mais dépassée par le fait que « son bébé » grandisse. Yann Burlot endosse avec talent les rôles paternels tandis que Nicolas Chupin nous émerveille en Crapaud qui entre et sort de chez Théo en passant par le frigo. Il faut le voir dans une chorégraphie endiablée lorsqu’il attend le retour du jeune garçon du collège.

La mise en scène vitaminée de Pauline Bureau se trouve renforcée par une scénographie à couper le souffle. Grâce à des projections vidéo, la ville puis la forêt onirique habitée par un tigre docile ou de mutins lapins, s’anime sous nos yeux grâce à des illusions d’optiques et des créations en trompe-l’œil particulièrement réussies. Cela permet de démultiplier le terrain de jeu de l’adolescence qui s’exprime pleinement avec une réelle complémentarité entre l’écran et le plateau comme la pluie de plumes qui apporte beaucoup de légèreté, de douceur et de tendresse.

Pauline Bureau parvient avec justesse à sublimer l’âge ingrat et tous les désagréments que cela engendre sans oublier la honte du regard des autres. En une heure montre en main, elle nous offre une parenthèse enchantée dans le monde de l’adolescence avec une pudeur incandescente fort louable. Le message ressemble au dicton nous invitant à vivre nos rêves plutôt qu’à rêver notre vie. Dormir cent ans est un spectacle tout public qui ne manquera pas de faire chavirer tous les heureux propriétaires d’une âme d’enfant.

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2 réflexions sur “Dormir cent ans : l’onirisme de l’adolescence

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