Un chapeau de paille d’Italie : l’objet d’une quête trépidante

Entrée au répertoire de la Comédie-Française en mars 1938, le chef-d’œuvre du vaudeville d’Eugène Labiche revient au Français en cette fin de saison 2015-2016 dans une distribution en partie renouvelée mais toujours dans une mise en scène vitaminée signée Giorgio Barberio Corsetti. Une comédie en cinq actes menée tambour battant par le dynamique Benjamin Lavernhe à découvrir ou redécouvrir salle Richelieu jusqu’au 24 juillet.

chapeau
© Pascal Victor / Artcomart

Le matin même de son mariage, Fadinard est plongé dans une rocambolesque mésaventure : son cheval a mangé le chapeau de paille d’Anaïs Beauperthuis, une jeune femme qui était alors en compagnie de son amant. Son mari, violent et très jaloux, s’apercevrait immédiatement de la disparition de cet accessoire témoin d’un facheux adultère que Fadinard est prié de remplacer sur le champ par un couvre-chef identique. Acceptant de partir en quête du fameux chapeau, le trouble s’invite à la fête lorsqu’il s’aperçoit qu’il est suivi dans tous ses déplacements par son futur beau-père plus que soupçonneux et la noce toute entière.

Ce qui frappe d’entrée de jeu dans cette comédie burlesque au rythme effréné, c’est l’interprétation magistrale de Benjamin Lavernhe dans le rôle de Fadinard. Véritable électron libre, il ne tient pas en place, imite à merveille son beau-père dont il pense qu’il est « un morceau de colle forte » et développe un fort potentiel comique. Son jeu, à la fois vif et juste, est plutôt physique et demande un investissement conséquent que n’hésite pas à donner l’acteur. Il est hilarant et mène la troupe dans une course folle sur des rythmes jazzy et rock. Reprenant le rôle tenu précédemment par Pierre Niney, il emporte l’adhésion générale et est éblouissant, aussi bien dans les parties parlées que chantées. A ses côtés, chacun apporte des couleurs à son personnage, jusqu’aux rôles les plus secondaires. Gilles David est touchant dans le rôle de l’oncle Vézinet, sourd comme un pot, aux allures d’un professeur Tournesol d’Hergé. Julie Sicard (en alternance avec Véronique Vella) excelle dans la peau d’Anaïs, cette femme volage dans les bras de Laurent Natrella, sanguin lieutenant, tandis que son mari, taciturne Nazim Boudjenah, envoie la domestique Virginie (parfaite Vanessa Bile-Audouard, élève-comédienne) aux quatre coins de la ville . Céline Samie fait des merveilles en interprétant Clara, la modiste et ancienne conquête de Fadinard. Danièle Lebrun (en alternance avec Cécile Brune) ne cesse de nous surprendre par l’étendue de son talent en campant une irrésistible Baronne de Champigny tandis que Bakary Sangaré illumine le rôle de Tardiveau, celui qui s’apprête à marier le rentier jouant de malchance, homme caustique et très drôle. Dans son costume vert sapin, Christian Hecq est un formidable Nonancourt, ce beau-père maniéré qui bouillonne de soupçon envers son futur gendre. Il apporte beaucoup de relief à ce personnage central, surtout lorsqu’il se présente ivre chez la Baronne. Le duo qu’il fera au piano avec Fadinard / Benjamin Lavernhe restera mémorable. Toujours dans son sillage, nous trouvons également Bobin, son neveu, fabuleux Julien Frison qui excelle dans un rôle efféminé, affublé de chaussures vertes assorties à une veste pomme tombant sur un pantalon bordeaux. Notons également la prestation haute en couleurs d’Elliot Jenicot qui est un hilarant tableau vivant lors de l’arrivée de Fadinard chez la Baronne et se montre plus que convaincant en endossant la personnalité du vicomte Achille de Rosalba. Hélène, la future mariée, est interprétée par la pétillante Pauline Clément, nouvelle recrue de la Comédie-Française, tant naïve qu’enfantine, mais d’une fraîcheur et d’une spontanéité désarmantes.

La musique live donne une autre dimension à la pièce et ces intermèdes musicaux apportent beaucoup de rythme à l’ensemble, à tel point que l’on se croirait parfois dans une véritable comédie musicale. La mise en scène survoltée de Giorgio Barberio Corsetti, avec ses décors amovibles, offre une belle fluidité avec une mécanique bien huilée et terriblement efficace dans un spectacle enjoué et fantasque. Malgré quelques longueurs dans le dernier acte, cela donne du Labiche monté comme un  Feydeau déjanté dans la maison de Molière et ne boudons pas ce plaisir : cela fait un bien fou de rire autant avec les comédiens de la Comédie-Française. Un triomphe amplement mérité à voir et revoir jusqu’au 24 juillet 2016.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s