Nuit d’ivresse : la rencontre de deux solitudes

Créée en 1985 au Splendid par Josiane Balasko, Nuit d’ivresse, qu’elle interprétait avec Michel Blanc est devenue un film incontournable avec Thierry Lhermitte l’année suivante. Très vite, les dialogues incisifs en font une pièce culte truffée de scènes et répliques mémorables. Trente ans plus tard, Elisabeth Buffet et Denis Maréchal reprennent le flambeau pour une nuit endiablée.

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© Stéphane Audran

Nous sommes au bar Terminus à proximité d’une gare. Elle, Simone, est une taularde en permission qui attend son train pour Dieppe afin d’aller voir sa sœur. Lui est un présentateur télé qui a bu bien plus que de raison. Ils vont unir leur solitude le temps d’une nuit bien arrosée dont le réveil promet d’être plutôt difficile une fois les vapeurs d’alcool envolées à l’instar des promesses.

Cette pièce de boulevard de Josiane Balasko est devenue culte dans le domaine du café-théâtre. Le risque d’être déçu est plutôt élevé lorsque l’on se confronte à une nouvelle version d’un monument théâtral. Cependant, trente ans plus tard, Elisabeth Buffet et Denis Maréchal, perruque brune sur la tête, reprennent le flambeau et parviennent même à nous faire rapidement oublier les interprètes d’origine. Issus tous les deux de l’univers du one-man show, ils forment un duo explosif et complémentaire. Dès le lever de rideau, nous découvrons Simone, fille paumée et vulgaire, attablée dans un coin du bar. Un peu plus loin, il y a Jacques Belin (qui n’est pas de la famille des biscuits), présentateur télé ringard et prétentieux. Tout les oppose, sauf peut-être leur solitude. L’alcool aidant, les voilà lancés dans une nuit d’ivresse. Grisée par les coupes de champagne, Simone fait une entrée fracassante sur Love to Love You Baby de Donna Summer,  dans une robe rouge passion fabuleuse et tapageuse. Jacques se laisse envoûter mais ne perd pas une occasion de rire et de se moquer, comme dans la scène irrésistible et inoubliable de la démonstration de majorette. On rit de bon cœur avec eux et parfois même nous rions d’eux mais sans méchanceté. La seconde partie, qui se déroule dans l’appartement de la star du jeu télévisé Clic-clac l’affaire est dans le sac, est plus touchante mais toujours autant délicieuse. La moumoutte de travers, il ne subsiste qu’une horrible gueule de bois et un trou noir aussi abyssal que le crâne lisse d’un Jacques Belin matinal. Sans compter que le barman de la veille, Henri, s’invite gentiment dans leur prise de conscience des derniers événements.

Sans jamais tomber dans le grotesque, le trio de comédiens se montre à la fois drôle et touchant. Elisabeth Buffet livre un abattage impressionnant. Très engagée, elle se donne totalement dans son rôle, que ce soit dans un rock endiablé ou un lancer de bâton imaginaire. Denis Maréchal, méconnaissable, est impeccable et d’une justesse inouïe. Déjantés et excessifs, ils parviennent à ne pas éclipser la présence de Philippe Gruz qui s’impose en douceur à chacune de ses apparitions. La mise en scène de Dominique Guillo est très dynamique et permet une cohésion d’ensemble tandis que la scénographie s’attache à une myriade de détails.

Nuit d’ivresse, pièce culte de toute une génération, n’a rien perdu de sa saveur originale et  n’a pas pris une ride. Au contraire, un vent nouveau s’empare du texte et souffle sur le plateau grâce à l’interprétation impeccable des comédiens et une mise en scène rythmée. Les personnages, très attachants, vous attendent au Théâtre Michel jusqu’au 3 septembre pour s’enivrer le temps d’une soirée.

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