Les palmiers sauvages : secousses sensorielles du désir

Metteure en scène, comédienne et musicienne, Séverine Chavrier revient aux Ateliers Berthier, deuxième salle du Théâtre de l’Odéon avec Les palmiers sauvages, une œuvre adaptée du roman de William Faulkner. Après s’être attaqué à Nous sommes repus mais pas repentis, d’après le Déjeuner chez Wittgenstein de Thomas Bernhard, elle poursuit son théâtre en s’appuyant sur de grandes œuvres littéraires. Prenant malgré de petits défauts.

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© Samuel Rubio

Des néons clignotent au dessus du plateau. Dehors, nous entendons la pluie tomber. L’effet stroboscopique nous laisse apparaître un homme en caleçon blanc et une femme aux seins nus. En perpétuel mouvement, ils changent de lits et se lancent dans des dialogues de séductions naïfs et enfantins dans l’obscurité totale. Puis la lumière se fait sur Charlotte et Harry. Elle a trente-cinq ans (mais tout le monde pense qu’elle en a dix-sept et demi), un mari et deux petites filles. Lui est seul pour son anniversaire. Ils se rencontrent dans un coup de tonnerre qui sonne comme un coup de foudre. Ils travaillent à aimer comme le suggère le titre du premier acte projeté sur l’écran en fond de scène. Charlotte quitte sa famille pour Harry qui lui, abandonne son internat de médecine afin de s’enfuir avec la jeune fille et de découvrir l’amour.

« L’amour et la souffrance ne sont qu’une même chose » peut-on entendre. En effet, leur voyage initiatique qui les mènera de la Nouvelle-Orléans à Chicago en passant par le Wisconsin, d’un chalet à un bungalow sur la plage en passant par le bord d’un lac, est une partition de deux êtres humains où le torride se fond dans le terrible. Une histoire d’amour qui ne peut que finir mal. Sur le plateau, c’est l’expression d’une passion fusionnelle sans retour possible, d’un amour absolu, celui qui dévaste tout sur son passage comme un ouragan et qui nous pousse dans une vertigineuse descente aux enfers. Dans le bruit du vent, le chaos de leur amour trouve un terrain de jeu risqué où les deux protagonistes s’aiment jusqu’à se perdre eux-mêmes et perdre l’autre. Mais qu’est-ce que s’aimer, espérer, faire l’amour ? Ils s’aiment comme des enfants mais se perdent comme des adultes.

Avec beaucoup de musicalité (y compris dans les titres des actes puisque le premier, Travailler à aimer est associé à Charlotte et au tempo agitato tandis que le deuxième, Aimer travailler, consacré à Harry, est plutôt andante ma non troppo), Séverine Chavrier transcrit un érotisme fulgurant avec rythme et intensité. Cependant, l’utilisation des micros HF mettent une barrière entre la salle et le plateau et l’émotion se retrouve prisonnière d’un côté sans parvenir à traverser la salle pour nous atteindre. Pourtant, le texte est fort et il ne manque qu’un jeu plus nuancé pour nous faire chavirer. Vu le talent de Laurent Papot, nul doute qu’il aurait pu nous faire basculer en quelques minutes dans les abymes émotionnelles au lieu de nous laisser sur le rivage à cause de l’amplification sonore de ses paroles via le micro.

Si Les Palmiers sauvages parviennent à secouer et à lever une tempête théâtrale, le tsunami émotionnel n’arrive pas à s’imposer pour nous dévaster entièrement. « Le cœur peut supporter n’importe quoi » mais le théâtre demande une ou deux exigences supplémentaires. Cependant, même si nous retrouvons les mêmes défauts scéniques que dans Nous sommes repus mais pas repentis, Séverine Chavrier s’impose comme l’une des plus belles découvertes de la saison 15-16 du Théâtre de l’Odéon en portant sur scène des œuvres littéraires déchirantes et mettant en lumière la difficulté d’aimer.

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