Inflammation du verbe vivre : explorer les parties de soi-même

Deuxième volet de la trilogie Le dernier jour de sa vie, Inflammation du verbe vivre intervient à la mort de Robert Davreu, le traducteur de Wajdi Mouawad avec qui il avait le projet de traverser les sept tragédies de Sophocle. Alors pourquoi et comment poursuivre l’œuvre sans trahir ? C’est avec cette question en tête que le nouveau directeur du Théâtre national de la Colline s’est lancé sur les traces de la Grèce antique en confrontant l’hier et l’aujourd’hui.

REPETITIONS / INFLAMMATION DU VERBE VIVRE
© Pascal GELY

A la mort de Robert Davreu, Wajdi Mouawad est en plein doute et le questionnement se fait de plus en plus oppressant : faut-il poursuivre le projet des sept tragédies de Sophocle? Quel sens cela aurait-il sans le traducteur initial ? « Savez-vous de quoi vous êtes dépositaire ? ».  Sans auteur, avec un texte inachevé, le dramaturge veut tout annuler. Mais sous la pression de sa compagnie, il décide de partir car « c’est nécessairement tout bouleverser ». Un voyage non pas synonyme de fuite mais de recherche, d’interrogations afin de trouver les raisons de poursuivre. Chambouler le projet afin d’écrire. Ecrire pour ne pas trahir mais honorer la mémoire d’un mort, soi-même et autrement, puiser dans le passé afin de se tourner vers l’avenir. Rien n’est simple lorsque l’on se retrouve à un croisement décisif de notre vie. Alors, nous plongeons au cœur de l’Hadès et atteignons l’intime en partant sur les traces de dieux déchus. Wahid, un double de Wajdi, vient chercher conseil dans le monde des morts. Il effectue un judicieux parallèle entre Philoctète, personnage abandonné par Ulysse, et son double qui cherche à avancer malgré le décès de Davreu. Entre l’antiquité et l’actualité, les vivants et les morts, un questionnement existentiel se met en place.

Sur le plateau, quelque chose de magique opère. Wajdi Mouawad se met en scène dans un film qui montre des limites en production cinématographique mais qui s’intègre parfaitement à la scénographie épurée. Il traverse régulièrement l’écran pour partir sur les traces du passé de la Grèce antique au siècle de Périclès. Des passages bluffants et millimétrés de la scène à la vidéo avec des sortes de trompe-l’œil incroyables. L’auteur-metteur en scène se fragilise et nous touche avec sincérité. Il n’a rarement été aussi humble et bouleversant que dans ces moments de grâce où il quitte sa carapace pour s’investir pleinement et nous confronter avec pertinence à l’hier et à l’aujourd’hui. « On devient adulte quand on trahit ses rêves » alors nous partons dans un monde poétique et onirique, où la frontière entre les vivants et les morts se fait de plus en plus mince, jusqu’à s’estomper fortement.

Inflammation du verbe vivre est la claque que nous cherchions à recevoir de la part de Wajdi Mouawad. Nous y retrouvons pleinement toute sa force d’écriture et de création. Au sommet de son art, il nous offre un magnifique voyage sur les chemins de l’errance, de la recherche de soi pour au final réapprendre à vivre car « de l’échec de ma vie, nul n’est responsable autre que moi ». Conjuguer le verbe vivre même en enfer, nous donne une superbe leçon d’existence à appliquer au quotidien. C’est bouleversant, nécessaire et fabuleux. Une représentation qui résonnera pour longtemps en nous avec la satisfaction d’un chercheur d’or qui vient de trouver une belle pépite à conserver durablement.

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