Je vous souhaite d’être follement aimé (e//s) : l’amour fou en cadeau

Sophie Bricaire écrit et met en scène Je vous souhaite d’être follement aimé(e//s) au Théâtre de Belleville. Empruntant le titre à la dernière phrase du recueil l’Amour fou d’André Breton, elle signe un spectacle tout en résistance et espérance autour du thème universel de l’amour qu’elle injecte dans le cœur de sa génération, incarnée par huit comédiens talentueux, qui explore les méandres de ce sentiment vital.

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L’amour est comme un jeu bien que le sujet soit grave et qu’il fasse bien souvent souffrir. Ils sont huit, quatre hommes et quatre femmes, a entamer une partie folle et endiablée de quête obstinée du sentiment amoureux par des enfantillages du type « action ou vérité ». Mais sous cette légèreté et cette grande fraîcheur, le propos, résolument optimiste, se veut lucide et percutant.  Nés dans les années 80, ils incarnent une génération porteuse d’une parole libre, entre croyances de contes de fées et constats d’une réalité connectée.

La quête de l’amour est-elle illusoire pour notre génération qui a dû faire face à la naissance d’internet et avec elle les chamboulements de nos représentations et accès ? C’est ce que tentent de comprendre les huit représentants des jeunes trentenaires. Dans une tenue neutre, pantalon et tee-shirt noirs, Marie Grimaldi, Aurore Frémont, Hélisenne Lestringant, Jordane Soudre, Benoît Bertran de Balanda, Roman Kané, Julien Saada et Ludovic Thiévon se retrouvent en prise avec un sentiment puissant et double, à la fois destructeur et constructeur. Empruntant les mots aux grandes chansons d’amour qui ont marqué toute une époque (de J’aime les filles à Je l’aime à mourir, en passant par Ne partons pas fâchés, Que je t’aime, Comme d’habitude ou l’Hymne à l’amour) et qu’ils partagent au micro avec le public qui s’installe, ils vont tenter de s’interroger et de nous questionner aussi sur ce que l’on aime, ce que signifie aimer en 2016, sur les certitudes d’avoir « des yeux pour regarder le monde », les peurs « de ne plus savoir aimé ou de ne plus être aimé » et les doutes engendrés par l’amour à l’aire des nouvelles technologies. Assis, alignés devant nous comme les flashs d’alcool à leurs pieds (Gin, Vodka, Rhum, Whisky…), ils naviguent entre souvenirs et évocations de ce qui forme aujourd’hui une immense fuite d’amour au XXIème siècle, alors que l’instant a pris le pas sur la durée.

L’évocation des tours du World Trade Center, des attentats de janvier 2015 ou encore ceux de novembre de la même année, alors que certains voulaient juste une bière en terrasse, est particulièrement touchante et amène à modifier notre vision de l’amour dans son sens le plus large. Car aimer les gens et la vie ne peut se faire si l’on n’en parle pas. Alors ils racontent ces tranches d’amour, en réalité ou en virtualité quand « plus on a le choix et plus il est devenu difficile d’aimer », ces ruptures en affrontement ou par texto qui semblent irréelles (car sur internet, l’autre existe toujours, avec son identité virtuelle, et l’on passe nos journées à guetter un signe de vie de sa part sans pouvoir tourner la page), ces accélérations de tout ce qui emplit nos existences. Revêtant un haut de couleur (rouge, bleu, jaune ou vert), le passé fait place à l’avenir dans l’esprit de cette génération, un futur que l’on veut forcément radieux et coloré. Parler librement avec son cœur, oser vivre plusieurs vies en une, ils veulent y croire, comme dans cette séquence très réussie du karaoké. Les écrans tactiles avalent la peur d’aimer, la culture nous influence en décuplant les émotions et finalement, nous prenons conscience que l’amour est partout autour de nous et en nous.

Sophie Bricaire peint le portrait d’une génération réactionnaire qui a honte d’être raisonnable en amour alors qu’un brin de folie pourrait tout changer. La parole, libérée grâce aux chansons ou aux échanges, nous montre que « dans la vie, la vraie princesse est celle qui croit malgré l’âpreté du monde que quelque chose de fou va réellement exister ». Alors, « on passe nos vies à parler d’amour et à le rêver » au risque parfois de ne pas le vivre. Mais comme il est dit si justement, « si l’on en parle tant, c’est parce que l’on en a tous un besoin immense ». L’équipe nous souhaite d’être follement aimé(e//s), de trouver l’amour fou et nous les remercions pour ce souhait universel, altruisme et salvateur.

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