Et pendant ce temps, Simone veille sur la libération des femmes

Jusqu’au 26 juin 2016, au Studio Hébertot, la reprise de la pièce féministe Et pendant ce temps Simone veille, créée au Festival d’Avignon 2015,  semble bien partie sur la route du succès. Avec une nouvelle distribution, nous nous laissons embarquer dans une rétrospective drôle et instructive de soixante ans sur la condition des femmes à travers le regard de trois lignées de femmes sur quatre générations.

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© Jogood

 

Nous sommes en 1950 dans un parc. Marcelle, Giovanna et France, confortablement installées sur leur tabouret en forme de chiffre, disposés en ligne pour retranscrire la date de l’action, parlent de leur condition de femme. Marcelle, une ouvrière aux allures de paysanne, a déjà sept enfants et se retrouve engrossée tous les ans, battue par son mari entre deux « fournées ». Giovanna est une femme bien née qui n’envisage d’autre avenir que celui des contes de fées tandis que France lutte déjà pour la reconnaissance des droits des femmes, afin qu’ils soient égaux à ceux des hommes. Nous ferons ensuite la connaissance de leurs filles, petites-filles et arrières-petites-filles, bien ancrées dans leur génération. Sous le regard bienveillant de Simone, la narratrice, nous voici plongés dans un voyage temporel nous faisant passer par la société de consommation des Trente Glorieuses où Moulinex libéra la femme, par l’avortement, le droit de vote en reconnaissance du travail fourni pendant la guerre, la pilule, la procréation assistée, le désir de changer son propre corps dont on dispose désormais librement, et tout ce qui contribua à l’avancée de la femme, tout en ponctuant la pièce par des rappels de dates importantes, celles qui marque un tournant dans cette longue et sinueuse évolution qui, des années plus tard, semble quasiment innées pour les jeunes filles contemporaines. Et pourtant, le chemin fut long et il reste encore de la route à parcourir pour que hommes et femmes deviennent, non pas identiques, mais égaux voire complémentaires.

La femme est ici vue comme un musée et chacune d’entre nous peut s’y retrouver. Tandis que Simone incarne toutes les femmes, elle se montre également un guide formidable. Elle donne des précisions, des explications, des compléments d’informations mais toujours avec humour et enrobé dans des calembours. A l’instar du titre, les jeux de mots se succèdent dans ses interventions et apportent un vent de légèreté tout en marquant les esprits. Incroyable de se remémorer par exemple que dans les années 50, l’avortement était encore considéré comme un crime contre l’Etat et était passible de la peine de mort. Il faudra attendre le Manifeste des 343 salopes pour faire évoluer les mentalités. Sur le plateau, les quatre actrices sont formidables. Trinidad, qui a pleinement contribué à l’écriture de la pièce, est Marcelle, Marcelline, Marciane et Marcia avec une extrême sensibilité tandis que France, Francine, Framboise et Fanfan prennent vie grâce au talent d’Agnès Bove. Serena Reinaldi, que nous avions été applaudir il y a quelques mois dans Ah ! Le grand homme, trouve ici un terrain de jeu idéal pour laisser s’exprimer tout son potentiel en incarnant avec générosité Giovanna, Giovannina, Gina et Janis. De jeux de mots en réalités, de miracles de l’évolution en absurdités, grâce à des images d’archives ou des détails, Fabienne Chaudat veille avec délice sur les générations féminines qui s’expriment. Et quand le poids des mots devient trop faible, rien de tel qu’une chanson, à quatre voix, pour frapper un grand coup. Que ce soit en parodiant Si tu vas à Rio de Dario Moreno (devenu « Si tu as un robot »), Bambino de Giuseppe Franciulli (« Libido » sur le plaisir féminin), Les Rois Mages de Mario et Giosy Capuano (« Comme c’est dommage », véritable hymne en faveur de l’avancée en matière d’interruption volontaire de grossesse), Oui j’l’adore de Frédéric Loizeau (qui devient l’entêtant « Tchador » qui fait robe et qui fait store mais propose un regard différent sur le voile et la laïcité), Pour que tu m’aimes encore de Jean-Jacques Goldman (« Pour que tu rames encore » dédicacé aux hommes) ou encore le très réussi Belle (« Veil », vibrant hommage à une grande dame), le spectacle est complet et les messages forts se succèdent.

Et pendant ce temps Simone veille offre des portraits de femmes à la fois drôles et touchants grâce à une écriture incisive et très juste. Inutile d’attendre le 8 mars (journée de la lutte pour les droits des femmes, dont la première date de 1982) pour célébrer comme il se doit la femme émancipée. Comme le disait à juste titre Simone de Beauvoir, « on ne naît pas femme, on le devient ». Il est vrai que cette évolution tient davantage du « présent compliqué » que du « passé simple » mais le spectacle nous invite à continuer le chemin, à avancer, à changer le monde et surtout à rêver pour pouvoir s’accomplir, dans le respect et la liberté de chaque individu et où l’on peut se réaliser et trouver le bonheur sans forcément passer par la maternité. C’est pourquoi, comme les quatre comédiennes le chantent avec conviction, nous avons nous aussi envie d’adresser un message sincère et reconnaissant à Madame Veil (et à celles qui seront les modèles de demain) : « merci d’avoir fait d’une femme une personne … sous chaque femme, méfiez-vous, se cache une lionne et celle que je suis te salue, merci Simone ! ».

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