Sur les cendres en avant : la mélodie du bonheur

Auteur, compositeur, metteur en scène et comédien, Pierre Notte propose actuellement au Théâtre du Rond-Point, une savoureuse pièce, entièrement chantée, qui nous plonge dans le quotidien intimiste du voisinage qui s’inscrit dans un univers fantaisiste et burlesque mais aux tonalités toujours très justes. On se croirait dans une comédie de Jacques Demy avec la musique de Michel Legrand.

sur les cendres
© Giovanni Cittadini Cesi

Sur le plateau, les ruines d’une cloison trônent au centre et permettent de séparer équitablement, en complément des délimitations faites au scotch blancs, deux espaces distincts, l’un ordonné et l’autre noirci et renversé après l’incendie dévastateur qui s’y est déclaré, forçant ainsi son habitante, Mademoiselle Rose (Chloé Olivères qui s’invente un monde pour tromper sa solitude), surnommé la Femme Assise, à cohabiter malgré elle avec sa voisine Macha (fabuleuse et captivante Blanche Leleu) qui se prostitue afin de subvenir à ses besoins et à ceux de sa petite sœur Nina (sensible Elsa Rozenknop), une adolescente qui se râpe les jambes à l’épluche légumes pour les avoir plus fines et devenir, un jour, la « Mère-Térésa des claquettes » sur les scènes de Broadway. Alors que leur vie de misère s’offre à nos regards, la Femme Armée (fragile Juliette Coulon) surgit et les menaces d’un fusil. Le bonheur s’est éloigné de ce quatuor féministe qui s’épuise dans une vie de misère. Et sous nos yeux étonnés, c’est une sublime comédie musicale qui s’anime, entièrement chantée à l’exception de la narration pleine d’humour de la voix off de Nicole Croisille.

Les paroles des chansons sont tour à tour pleines d’humour ou d’émotions. Le personnage de Macha est particulièrement touchant dans sa dimension tragique et sa situation de détresse, tandis que Mademoiselle Rose est tout d’abord arrogante et maladroite avant de laisser apparaître au grand jour ses fêlures et surtout son extrême solitude. Il y a un petit quelque chose de Tchekhov dans l’écriture de Pierre Notte. Les quatre femmes, « perdues comme tout le monde », chantent leur vie misérable, à l’opposé de ce qu’elles souhaitaient. Elles expriment leurs déceptions mais aussi leurs espoirs, leurs rêves comme celui de reproduire une scène mythique de Chantons sous la pluie. De superbes moments de polyphonie émergent dans la salle, accompagnés des notes de piano jouées par Donia Berriri. « La souffrance féminine est meurtrière » mais aussi bouleversante, car basée sur des mensonges et des croyances auxquels elle s’accroche avec force. De quiproquos en malentendus, la tragédie s’estompe pour faire place à l’espoir : « sur les cendres en avant, nous marcherons la tête haute ».

Pierre Notte nous livre un cruel mais joyeux objet théâtral qui place en son cœur un huis-clos du voisinage où quatre femmes tenter de se relever, d’avancer, de faire renaître des cendres de leur vie une route plus belle, comme un nouveau départ après avoir constaté, sans appel, que leur destin et leurs rêves ont été brisés ou du moins qu’ils sont partis en fumée au fil du temps. Résolument optimiste, Sur les cendres en avant possède la saveur d’un arc-en-ciel après le déluge et nous ressortons de ce beau moment avec la furieuse envie de chanter la mélodie du bonheur sous la pluie de Paris, en excellent remède à la morosité ambiante.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s