On ne sait comment : un Pirandello soporifique à La Commune

Marie-José Malis a repris, ces derniers jours, au Centre dramatique national de la Commune qu’elle dirige à Aubervilliers, l’ultime pièce achevée mais néanmoins peu connue de Luigi Pirandello, On ne sait comment, qu’elle avait créée en 2011. Si le propos est moins léger qu’il n’y paraît, la représentation est tant étirée qu’elle ne touche pas et est vidée de sa fonction première, à notre plus grand regret.

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© Denise Oliver Fierro

Il y a des jours où la magie théâtrale n’opère pas et ce soir-là en faisait partie, sans aucun doute. Dans une salle désertée par les spectateurs, nous assistons tant bien que mal à une représentation au temps péniblement étiré qui laisse tout le loisir à l’ennui de poindre et de s’installer. L’histoire est pourtant plutôt simple : Roméo est en train de devenir fou. C’est du moins ce que pense son épouse Bice et un couple d’amis, Ginevra et Giorgio. Alors que les hypothèses sur son état vont bon train, Roméo dévoile peu à peu les causes de son tourment qui réside dans son inconscience voire une dimension irrationnelle de l’être humain. Il se torture l’esprit avec deux crimes qu’il a commis et qui sont restés jusque là impunis : récemment, alors qu’elle était tout heureuse du retour de Giorgio, il a commis un adultère en ayant une aventure avec la femme de son meilleur ami. Cela lui a alors rappelé à son esprit son premier méfait quand, à l’âge de dix ans, il tua l’un de ses camarades. « Les fautes que j’ai commises, je ne les ai pas voulu » dit-il. Est-ce vraiment devenir fou que de vouloir expier ses faux pas quand tout le monde continue de les nier ? La vérité des uns commence-t-elle là où s’arrête celle des autres ?

Sous ses allures de vaudeville, la pièce de Luigi Pirandello est plus profonde qu’elle n’y parait. Elle pose de passionnantes questions philosophiques et engage une véritable réflexion : Peut-on tout faire sans en assumer aucune conséquence face à l’absence de remords ? Sommes-nous toujours libres et responsables de nos actes ? Comment obtenir réparation pour des crimes commis involontairement ? … C’est l’humanité toute entière qui tend ici à se réinventer. Bien évidemment, les interrogations sont posées mais n’impliquent pas une réponse immédiate, laissant à chacun le droit de se positionner sur le sujet. Cependant, Marie-José Malis en fait une pièce dont le jeu s’étire et qui devient pénible à suivre. La parole est extrêmement lente voire interminable. L’ensemble souffre cruellement de l’absence de vie et de rythme. De plus, les voix des acteurs sont particulièrement faibles. S’ils jouent à proximité des spectateurs auxquels ils s’adressent, cela ne suffit pas toujours à nous tirer d’une douce léthargie malgré la lumière permanente dans la salle, qui varie en symbiose avec celle du plateau, tantôt vive, tantôt feutrée ou encore dans une semi-pénombre pour accentuer le côté intime de la pièce. Néanmoins, le manque de naturel et l’émotion réduite à néant annule le propos et c’est bien dommage. Le public, qui observe un silence quasi religieux, navigue entre un état captivé et endormi, renforcé par une mise en scène très statique, 3h15 durant.

Pascal Batigne, Sylvia Etcheto, Olivier Horeau, Victor Ponomarev et Sandrine Rommel peinent à donner une couleur à leur personnage. Tout se met en place avec longueur avant de trouver un rythme de croisière, très (trop) tranquille. Nous luttons tant bien que mal pour ne pas décrocher du texte mais c’est peine perdue. Parfois, la bande-son vient même couvrir les paroles, comme un songe qui nous parvient au loin. La pièce interroge justement ce rapport au rêve et au réel : Qui ment ? Qui dit vrai ? Quels motifs y a-t-il à choisir le mensonge ou la vérité ? Qu’est-ce qu’un rêve ? Faut-il y accorder de l’importance ? Autant de questions qui auraient mérité un traitement différent pour mettre en valeur le véritable message de Pirandello : « La vie, c’est s’en tenir aux choses que l’on sait avec certitude ».

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