Questcequetudeviens? : le flamenco dans la peau

Dans le cadre du Festival (Des)Illusions, Aurélien Bory et Stéphanie Fuster présentent au Théâtre Monfort  leur ode au flamenco, créée en 2008, au retour de la jeune femme qui a quitté la ville rose pour se consacrer corps et âme à la danse andalouse, à Séville, dans laquelle elle s’est immergée durant plusieurs années.

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© Aglae Bory

Aurélien Bory, directeur de la Compagnie 111, a créé un formidable portrait de femme « qui se cherche, s’émancipe, vit, meurt » dans un espace saisissant où la danse se mue en matière picturale. Ses œuvres, sont fortement influencées par la question de l’espace et sa scénographie, esthétiquement irréprochable, laisse une grande place à l’imaginaire. Celui qui présentera au 70ème Festival d’Avignon sa nouvelle création intitulée Espæce, bâtie autour d’une œuvre de Georges Perec, sublime le geste puissant de la danseuse.

Comme le titre sans espace nous le suggère, Questcequetudeviens? est un spectacle de l’urgence. Le souffle court, nous suivons l’extériorisation d’une danse intériorisée et retranscrite avec une incroyable intensité. La tonà (chant a cappella), las palmas (ces claquements de mains si caractéristiques et envoûtantes), los zapateados (sorte de claquettes indissociables de la danse andalouse), la guitare flamenca… rien n’a été oublié dans cette performance et pourtant, loin des clichés, Stéphanie Fuster s’approprie cette danse qu’elle retrouve à sa source et nous la livre à l’issue d’un parcours personnel d’apprivoisement tenace et flamboyant retravaillé physiquement par Aurélien Bory, accompagnée par la guitare de José Sanchez et la voix pleine et chaleureuse d’Alberto Garcia. Elle accorde une attention particulière au rythme (compás), l’un des éléments essentiels dans les différentes formes de flamenco tandis que le metteur en scène s’occupe de la part d’imagination.

Traditionnellement, la tenue de la danseuse de flamenco se compose de chaussures à talons hauts et d’une longue robe colorée (généralement d’un rouge carmin étincelant) parée de volants. Lors de son entrée sur le plateau, Stéphanie Fuster tient une fausse robe qu’elle quittera très vite à la fin de la première partie, comme elle a tout abandonné pour se consacrer à sa passion. La deuxième partie se déroule dans un container, lieu hautement symbolique des expérimentations. Bloquée à l’intérieur, elle danse et se construit pour devenir danseuse de flamenco et exister en tant que telle. Avec un mur en miroir, l’abri ressemble à une salle de répétition en miniature. A la lumière des néons, en tenue beige décontractée, Stéphanie répète inlassablement des pas face à la glace qui lui renvoie le reflet de sa ténacité, l’expression d’un double en recherche qui se fonde. Puis l’image se trouble sur la vitre embuée par laquelle nous accédons à son intériorisation, au son d’une mélodie teintée de solitude mais aussi de mélancolie. Qui devient-elle dans cet acharnement ? Est-elle enfin celle qu’elle veut être sous la lumière d’un rouge passion qui envahit l’espace restreint ? Enfin, dans une dernière partie, la danseuse affronte un nouvel obstacle en évoluant dans un bassin d’eau où elle peut s’exprimer pleinement, dans la fureur et la satisfaction d’avoir atteint le but de toute une vie, tout en redonnant toutes ses lettres de noblesse à la musique, au cœur du flamenco, ce genre né en Andalousie au XVIIIe siècle.

C’est un geste puissant, sensible et poétique que nous offre Stéphanie Fuster durant une heure. Issu du folklore populaire espagnol, le flamenco s’est peu à peu chargé en intensité et la danseuse nous le redonne dans une vision intimiste, bouleversante, mise en espace avec grâce par Aurélien Bory qui nous prouve une nouvelle fois l’étendue de son talent.

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