Le voyage d’Amadou (les survivants) : rêve d’une destinée

Dans le cadre du label Jeunes Textes en Liberté, Michel Gendarme présente son texte Le voyage d’Amadou (les survivants) subtilement mis en espace par Assane Timbo aux Mains d’œuvres de Saint-Ouen avant une seconde lecture le 24 mars prochain à la Générale à Paris. Inspiré d’une histoire vraie, son récit nous conduit dans un périple incroyable mettant en avant la difficulté d’aller vers quelque chose ou quelqu’un.

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Le label Jeunes textes en liberté poursuit ses rendez-vous mensuels de lectures/mises en espace. Pour ce troisième texte, nous sommes retournés à Saint-Ouen, aux Mains d’œuvres où nous avons déjà suivi les deux représentations précédentes. La première édition est placée sous la thématique de la frontière réelle ou fantasmée. Ici, elle est davantage matérialisée puisque le texte de Michel Gendarme s’intéresse au voyage d’Amadou, un jeune malien qui tente de rejoindre l’Europe avec pour objectif de devenir joueur de foot professionnel et ainsi quitter son pays via la Libye et le désert, avec pour horizon d’accueil l’Italie.

A travers une longue lettre adressée au ministre qu’il a du mal à vouvoyer et ainsi mettre une distance entre eux, Amadou nous livre sa traversée du désert, sa survie. Son récit est aussi celui d’une profonde solitude. La mise en espace d’Assane Timbo est toute en émotion, douceur et sensibilité. Sur le plateau, deux femmes (l’une blanche et l’autre noire) et un homme noir se partagent le texte où se mêle souvenirs d’enfance et bribes de mémoire d’une douloureuse traversée où de toute façon, « presque chacun parle une langue différente » et décrit de façon poignante la diversité d’un exil nécessaire mais semé d’embûches comme lorsqu’il se fait repérer à dix ans par un commerçant qui veut l’emmener en ville, à Abidjan, pour l’inscrire dans un centre.

Le texte, très bien construit, fait preuve d’une belle fluidité avec des allers-retours chronologiques particulièrement bien mis en valeur. A la fois descriptif et narratif, c’est le témoin indéniable d’une maturité d’écriture. La mise en espace, abordée de manière physique, passe par les corps en tout premier lieu et l’émotion émane sans que l’on s’y attende, au détour d’une évocation de ce voyage marquant au gré des rencontres, des pays, des espoirs, des rêves, des moments de solitude ou des entraînements de « la perle du désert ». Elle permet également une grande lisibilité des différents souvenirs d’Amadou. Le récit à trois voix résonne en nous et vient se fracasser contre notre représentation de ce que peuvent vivre, encore aujourd’hui, les flots de migrants qui tentent de rallier le continent européen avec l’espoir d’une vie meilleure. Bien souvent, comme pour Amadou, la traversée se fait au péril de leur vie et se décrit comme une lutte de tous les instants, dans la peur la plus légitime qui existe. Mais c’est certainement le prix de la liberté à payer même si chaque tentative n’est qu’une nouvelle partie où l’exilé joue avec sa vie et avec l’existence dans sa globalité.

« La vie est comme une scène de théâtre, chacun y vient jouer son rôle » nous dit Amadou. Nous avons tellement envie de croire qu’exister est un éternel jeu où perdre n’est que le moyen de recommencer autrement. Michel Gendarme, qui s’est inspiré du récit fait par Amadou, acteur et chauffeur, rencontré lors d’une pièce précédente au Mali, a voulu conservé au maximum la parole donnée et c’est cette sincérité profonde, or noir de la représentation, qui bouleverse nos consciences et nous donne des clés de compréhension pour un monde qui nous échappe.

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