Les gens d’Oz : conversations stériles

Les gens d’Oz, dont le sous-titre est « Plusieurs entretiens dont on peut modifier la suite suivant le goût, le désir ou l’humeur du lecteur » est une création de la Colline basée sur l’écriture de Yana Borissova, une jeune auteure bulgare et mis en scène par le talentueux Galin Stoev. Cependant, cette dramaturgie de conversations tourne à vide et laisse poindre un certain ennui.

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© Elisabeth Carecchio

Dans cette proposition, l’immeuble est sans aucune hésitation le personnage central, celui qui cristallise toutes les conversations de ses habitants ou gens de passage. Il y a Anna, une écrivaine célèbre en prise avec le douloureux phénomène de la page blanche et qui n’a plus publié depuis dix ans, mais aussi Erwin son jeune voisin tombé amoureux de Mia, une éditrice très intéressée par l’opportunité d’un scoop sur la prochaine parution d’Anna. Il y a aussi Truman, un pianiste, amoureux pessimiste, hébergé par l’écrivaine,  et Sart, le meilleur ami d’Erwin qui vit en parasite dans l’appartement de son pote en attendant de pouvoir intégrer à son tour l’immeuble. Cependant, tous les sujets sont survolés dans une sorte de légèreté déconcertante. L’amour mystérieux d’un lieu ou d’un être est bien évidemment présent en surface et gravite autour d’un désir d’écriture envolé et de plusieurs solitudes existant côte à côte sans jamais interagir vraiment. Parfois, de belles réflexions sur le métier d’écrivain, son action sur le monde et la littérature en général pointent le bout de leur nez (« Lorsque l’on écrit, les idées sont toujours éphémères ») mais cela reste relativement insuffisant pour emporter notre adhésion.

Les acteurs sont plutôt bons et se démènent pour sauver la médiocrité environnante. Bérangère Bonvoisin est assez convaincante en auteure désemparée face à la vie. Elle incarne une sorte de sage à la parole d’évangile : « les hommes ne parlent pas d’amitié, ils la vivent. Ce sont souvent les femmes qui veulent tout clarifier ». Ce qui l’a poussé à écrire, « c’est la peur, la peur que l’histoire devienne petite » mais cela reste très creux. Edwige Baily est épatante et lumineuse. Elle assure une présence salutaire sur le plateau en interprétant Mia. Les hommes s’en sortent également bien, apportant une couleur à leur personnage : Yoann Blanc prête ses traits à Truman, Tristan Schotte est le jeune Erwin, homme naïf et un peu gauche comme un amoureux contemporain et Vincent Minne se débat avec le rôle de Sart. La scénographie ne rend pas compte de l’importance du lieu, se contentant de deux larges poufs et d’un immense espace lumineux mais vide, composé de deux portes. La mise en scène très épurée et statique, repose entièrement sur le texte mais sans réelle dramaturgie, l’ensemble tourne à vide avec des conversations qui semblent errer dans un lieu entre l’ici et l’ailleurs, l’avant et le maintenant. « Ce qu’il y a de plus stable dans une conversation, ce sont les questions. Poser des questions à quelqu’un, c’est peut-être le plus beau compliment qu’il soit ». Malheureusement nous restons avec nos questions sans trouver aucune réponse. « J’ai horreur de ce que l’on peut devenir avec des sentiments mal interprétés » dit l’un des personnages. Et nous sommes bien d’accord sur ce point, tant nous n’arrivons pas à interpréter cette pièce.

La nouvelle création de la Colline s’intéresse à l’amour et ce qu’il importe sur des personnages qui tentent de dissimuler cette notion essentielle. Pourtant, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Est-ce le texte creux de Yana Borissova, écrivaine bulgare, qui livre un matériau sans consistance ou la mise en scène sans éclat de Galin Stoev, artiste associé cette saison à la Colline ? Difficile à dire mais dans ce théâtre de l’intime qui nous est proposé, nous ne parvenons pas à distinguer l’entrée principale et nous restons désespérément extérieurs à un ensemble fade, sans aucune saveur, où notre espace de liberté réflexive est réduit à néant. Avec ces Gens d’Oz, le magicien Galin Stoev rate sa grande illusion, nous laissant comme un spectateur aguerri face à un tour trop simpliste. Nous attendions des clés pour comprendre l’étrange monde dans lequel nous avons été parachutés sans ménagement mais nous repartons du Petit Théâtre avec des cadenas inviolables malgré une indéniable tentative d’interprétation.

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