Coiffure et confidences : le bien-être au salon

Didier Caron, actuel directeur du Théâtre Michel à Paris, adapte la pièce Steel Magnolias de Robert Harling datant de 1987 et transpose l’histoire au début des années 80, dans le petit salon rose bonbon de Thérèse où il fait bon vivre et où l’on prend autant soin de sa tête que de son âme. Retour sur un succès repris cette saison et prolongé jusqu’au 8 mai 2016, qui garantit rires et émotions dans un portrait touchant de six femmes actuelles.

ob_412551_coiffure-et-confidences-2

Lorsqu’Agnès s’installe à Paimpol, c’est à Thérèse Beauty qu’elle cherche un travail en tant que coiffeuse. Un peu gauche et gaffeuse, elle est néanmoins engagée et se fait une place dans ce petit salon breton où se croisent des habituées qui viennent soigner leur apparence mais aussi guérir les bleus du cœur et les blessures de l’âme. Elles sont quatre clientes à pousser régulièrement la porte rose bonbon pour se faire belles et discuter avec Agnès et Thérèse dont la devise est « la beauté est à la portée de n’importe quelle tête » et la règle d’or est de ne pas parler de politique au salon. Alors on discute des potins du voisinage, des conjoints et des tracas de la vie quotidienne : il y a Magalie qui va se marier l’après-midi même, Jeanne, sa mère qui la couve et se fait du souci pour elle, Odette la voisine survoltée et excédée et Claire la femme de l’ancien maire de la ville, sans oublier Agnès, qui se tourne peu à peu dans la religion en s’éloignant de son conjoint violent et Thérèse dont le mari est vissé sur le canapé, la télécommande à la main : « je vous le donne si vous voulez, pour ce qu’il me sert » dit-elle avec humour pour masquer son désarroi.

Deux ans après son écriture, le dramaturge et scénariste américain Robert Harling voit sa pièce à succès réalisée au cinéma par Herbert Ross et donne ainsi l’occasion à la jeune Julia Roberts d’être nominée aux Oscars et d’obtenir le Golden Globe du meilleur second rôle féminin avec Potins de Femmes. Vingt-six ans plus tard, Didier Caron s’empare de cette ode à la vie et au bonheur en quatre actes. Il s’entoure de Dominique Guillo pour la mise en scène, à la fois drôle et soignée, d’un huis-clos féminin empreint d’une grande humanité, entre légèreté et gravité, solidarité et optimisme. Dans un décor acidulé rose bonbon très girly avec des touches bretonnes suggérées grâce aux bateaux et cadres de paysages marins, le salon « Thérèse Beauty » est d’un réalisme saisissant où rien ne manque, jusqu’au magazine féminin Coiffure et confidences pour découvrir les nouvelles tendances capillaires. Ce lieu de vie, c’est comme une seconde maison pour tous les personnages qui s’y retrouvent fréquemment au fil des saisons, à commencer par la patronne, l’épatante Marie-Hélène Lentini, connue du grand public pour son rôle de Madame Truche dans PEP’s, la capsule humoristique de TF1. L’actrice est irrésistible et mène la danse. Délaissée par son mari, Thérèse est tour à tour hilarante et touchante, piquante et sensible. C’est une femme qui a besoin de s’exprimer et qui est adepte des commérages : « qu’est-ce que je pourrais dire de gentil sur elle ? ». Il faut la voir expliquer à son apprentie comment ça fait de prendre du plaisir ! A ses côtés, la naïve Agnès apporte beaucoup de fraîcheur à la pièce. Interprétée par Sandrine Le Berre, dont la voix enfantine, légèrement accentuée, et les réponses à côté de la plaque ou les phrases insensées (« tu vois, j’aurai pas su bah je n’aurai pas pu savoir ») nous font instantanément penser à Marie-Anne Chazel en Zézette (le zozotement en moins) dans Le Père-Noël est une ordure de la troupe du Splendid, elle est un véritable rayon de soleil dans le petit salon. Cette pieuse apprentie coiffeuse gaffeuse (« j’en veux pas de votre mari, il est affreux »)  vient de débarquer à Paimpol où elle compte bien démarrer une nouvelle vie, tout comme la jeune Magalie, sur le point de se marier. Léa François, qui interprète Barbara depuis 2009 dans la série à succès Plus belle la vie, est ici pétillante. Personnage solaire, elle est au cœur de l’intrigue. C’est son histoire qui sert de fil conducteur à la pièce. Atteinte d’une forme rare de diabète, sa crise à l’acte I est impressionnante et très bien jouée. Emotive, enjouée, rayonnante… son personnage va passer par un spectre très large d’émotions, toutes présentées avec beaucoup de justesse au public. Le spectateur souffre pour elle, se réjouit de ses bonheurs et compatit à ses malheurs, tout comme le fait sa mère, Jeanne, incarnée par Anne Richard, qui reprend le rôle qu’interprétait Elisabeth Vitali la saison dernière. Elle est parfaite dans ce rôle et arrive à nous submerger d’émotions, surtout dans l’acte IV où elle laissera éclater sa colère et sa douleur, de façon très crédible et extrêmement convaincante. Elle est fabuleuse dans son anéantissement et ses inquiétudes et nous bouleverse lors de son récit de mère qui fait tout pour protéger son enfant. Nous en avons le cœur serré. Les larmes ruissellent sur son visage et sur le notre, emportés par l’émotion. Brigitte Faure (Odette) présente quant à elle un jeu très dynamique et survolté, sans jamais tomber dans l’excès, dans la peau d’une femme rustre, manquant de tact, mais râleuse au cœur tendre. Enfin, Isabelle Ferron (Claire), reprenant le rôle d’Isabelle Tanakil, complète la distribution. Un peu hautaine au début, elle va très vite se métamorphoser, physiquement (dont la robe style tableau de Mondrian lui va à ravir) et mentalement. La rivalité entre ces deux dernières est bien amenée, sans lourdeur, apportant un vent de légèreté.

Coiffure et Confidences brosse avec beaucoup de justesse le portrait touchant de six femmes au caractère et parcours différents dans une mise en scène rythmée et intelligente. Pas de temps mort dans cette pièce où l’émotion s’installe en douceur à l’aide d’un texte truculent et subtil, servi par d’excellentes actrices qui héritent chacune d’un très beau rôle et font des merveilles sur le plateau. L’humour est omniprésent, même en petites touches lors des moments les plus tragiques et l’écriture, fine et ciselée, de cette comédie légère qui glisse petit à petit vers le drame ne laisse aucune place au pathos. Un succès mérité pour cette sympathique pièce à voir au Théâtre-Michel.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s