Ballet de l’Opéra de Lyon : la virtuosité du mouvement

Dirigé par Yorgos Loukos, le Ballet de l’Opéra de Lyon a présenté, durant une semaine au Théâtre de la Ville, un programme de quatre courtes pièces, dressant ainsi un panorama de la danse contemporaine du XXIème siècle, pour une soirée grandiose où le talent s’accentuait au fur et à mesure que l’on remontait le temps.

ballet de l'opéra de lyon
© Michel Cavalca

Quatre pièces données dans un ordre chronologique inversé, quatre chorégraphes à la parité parfaite venant de continents différents, un appui musical éclectique… il y avait de quoi se demander ce qui pouvait relier entre elles les œuvres présentées ce soir-là au Théâtre de la Ville. Si les genres et les styles ne semblaient trouver de point commun, en revanche, c’est bel et bien la compagnie du Ballet de l’Opéra de Lyon qui a su sublimer le programme éclectique de l’art chorégraphique.

Xylographie, la création 2016 de la chorégraphe Tânia Carvalho a ouvert le bal de cette très belle soirée. Sur une musique sensible et touchante signée Ulrich Estreich et Tânia Carvalho elle-même, nous avons assisté à une esthétique intéressante du mouvement. Dans une lumière filtrante, les danseurs approchent un par un à pas de loup. Leur ombre grandissante nourrit notre imaginaire et ils apparaissent comme des papillons de nuit sur une lampe en été. Formant progressivement des groupes de couleur (marron, noir et rouge), les 18 danseurs évoluent seuls mais en harmonie au sein de leur ensemble. Lorsque la musique se fait moins mélancolique et davantage sereine et fluide, les groupes fusionnent dans une sorte de ballet fantasmagorique axé sur les lignes, les perspectives, les ombres et les mouvements décomposés. C’est visuellement très beau.

Après une courte pause, Sunshine d’Emanuel Gat prend le relai sur le plateau pour une chorégraphie beaucoup plus classique que la précédente. Datant de 2014, cette pièce prend appui sur la musique de Georg Friedrich Haendel, royal dans les phrasés, avec Water Music, Suite n°2 en ré majeur et HWV 349. Un petit groupe discute à jardin avant de s’éclater dans tout l’espace et d’être rejoint par les autres danseurs. Glissades, sauts, courses effrénées, poursuites avortées, diagonales…. c’est une chorégraphie lumineuse et dynamique qui s’offre à nous puis dans un silence apaisant, nous assistons à une sorte de jeu enfantin à élimination. Beaucoup de légèreté et de complicité dans cette pièce où le chorégraphe donne de la voix dans une bande-son où il décompose l’air musical pour nourrir le geste de recherche artistique des danseurs et dévoiler ainsi une part du processus de création.

La seconde partie de la soirée s’ouvre avec Black Box de Lucy Guérin, d’une grande élégance et d’une sobriété désarmante, au son des notes d’Oren Ambarchi. Tout est mis en place pour en faire un véritable bijou artistique, coup de cœur du programme. L’illusion est parfaite à l’ombre de la boîte noire, écrin idéal pour ce joyau chorégraphique. La boîte se lève puis redescend à intervalles réguliers dans une sorte de numéro de prestidigitateur, à grands renforts d’apparitions et de disparitions, où la gestuelle se dévoile et se libère progressivement. Dix danseurs, seuls, en petits ou grands groupes, évoluent dans cet espace restreint qui éclaire leur tenue contemporaine dans des tons blancs, gris ou kaki. La boîte révèle d’abord les pieds puis les mains, puis les expressions du visage avant de se refermer pour s’ouvrir à nouveau sur un autre mini-tableau en mouvement. L’instant magique est joyeux et festif. Lorsque l’un des danseurs tente de s’éclipser de cette prison noire, il finit inlassablement par y revenir. L’illusion se poursuit jusqu’à ce qu’elle se lève sur le vide, le néant.

Enfin, William Forsythe clôture la soirée avec sa pièce One flat thing, reproduced, datant de 2000. Dans un tableau très physique, ressemblant à une salle de classe avec des tables alignées et des trublions sur-vitaminés, les 14 danseurs explorent tout l’espace de jeu qui s’offre à eux : entre, dessus, dessous… Rien ne les arrête au cœur d’une chorégraphie dynamique dans des tenues pop colorées. Alors que la musique de Thom Willems se fait tour à tour orageuse et sauvage puis chaotique, spectrale et enfin anxiogène avec une véritable mise en tension, les pas se font quant à eux quasi gymniques et acrobatiques. Au milieu du mobilier, ils expriment une grande géométrie sans jamais en faire une pièce linéaire, dans un rythme alerte. Du grand William Forsythe pour refermer cet étrange mais sublime programme.

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