Juliette Gréco fête son anniversaire sur la scène du Théâtre de la Ville

Après plus de soixante-dix ans de carrière, Juliette Gréco, la « jolie môme » n’a « pas vingt ans » mais est apparue très en forme hier sur la scène du Théâtre de la Ville à l’occasion de son 89ème anniversaire. Une tournée des « mercis » qui n’en finit pas d’enchanter un public toujours fidèle et qui fit escale une nouvelle fois à Paris, après le Châtelet, la Cigale et le Théâtre des Champs-Elysées en décembre dernier.

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C’est avec une présentation sobre, comme elle le fait depuis toujours, des titres et des auteurs des chansons qu’elle interprète que Juliette Gréco a mené le récital de son anniversaire. Assez statique derrière son micro à pied, mais diablement expressive, elle a enchanté le public venu nombreux pour partager ce moment unique. A la fois espiègle et envoûtante, elle a mené un concert exceptionnel pendant lequel elle a repris ses plus grands succès, ceux écrit par Serge Gainsbourg, Léo Ferré ou encore l’inoubliable Jacques Brel, des icônes d’une génération talentueuse qui s’éteint peu à peu. Mais Juliette Gréco, elle, est toujours là ! Dans sa longue robe noire, c’est avec émotion et sobriété qu’elle s’est présentée à nous. Accompagnée au piano par son mari Gérard Jouannest (82 ans) et à l’accordéon par Jean-Louis Matinier, ce n’est pas moins de dix-neuf chansons qu’elle a offert à son fidèle public, à l’occasion de cette tournée d’adieux débutée au printemps dernier.

Comme une rétrospective d’une carrière incroyable, elle a débuté son tour de chant avec Non Monsieur, je n’ai pas vingt ans, dont les paroles ont été écrites par Henri Gougaud. Et si « ce n’est pas le meilleur des temps », elle le dit encore aujourd’hui, elle est comme elle est. Et ce jour-là, elle était souriante et émue lorsqu’elle entonna dans un touchant parler-chanter Les vieux de Jacques Brel à qui elle consacra un long hommage, en reprenant également Amsterdam, Bruxelles, Ces gens-là, La chanson des vieux amants, J’arrive et Ne me quitte pas. On ne s’en lasse pas de réentendre ces monuments de la chanson française de sa voix grave qui résonne dans la salle du Théâtre de la Ville, bondée en cette circonstance. Elle ne manqua pas non plus de chanter Un petit poisson, un petit oiseau de J.M. Rivière pour partager avec nous cet amour tendre ou encore la première chanson qu’elle a chantée, l’inoubliable Si tu t’imagines dont les paroles proviennent d’un poème de Raymond Queneau mis en musique en 1947 par le regretté Joseph Kosma. Léo Ferré ne fut pas oublié avec Jolie Môme, Paris Canaille et Avec le temps, tout comme elle fit un clin d’œil à Serge Gainsbourg qui composa Accordéon et La Javanaise. Elle compléta son récital avec Le contre-ecclésiaste (rien n’est vanité) de Jean-Claude Carrière et Il n’y a plus d’après de Guy Béart. Avec malice et délice, elle nous dévoile, sur le ton de la confidence, qu’elle ne devrait pas chanter la prochaine chanson mais elle le fit tout de même, ne résistant pas à l’appel mutin du coquin Déshabillez-moi de Robert Nyel qu’elle interpréta sans vulgarité, toute en sensualité, se faisant tour à tour suppliante, pressante ou directive. Elle acheva son concert avec la chanson que lui a écrite Miossec, dont le titre, Merci, a été retenu pour cette tournée d’adieux comme un hommage à tous ceux qui ont écrit pour elle et qui se fit avec pudeur et sobriété, sous un éclairage chaleureux composé de lumières fuchsia, orange, rouges, violettes ou bleues, sans artifice, avec juste quelques ombres discrètes se baladant sur le rideau noir en fond de scène.

Ce n’est pas anodin si Juliette Gréco a choisi de souffler ses 89 bougies sur la scène du Théâtre de la Ville, lieu emblématique qu’elle étrenna en 1968, après déjà dix-neuf ans de carrière. La muse de Saint-Germain des Prés, ayant inspirée les plus grands, était comme chez elle en ce jour du 7 février 2016 où toute la salle, debout, chanta d’une même voix un « joyeux anniversaire Juliette » qu’elle reçue, émue et tremblante, les mains sur le cœur. Un merci émouvant à une grande dame de la chanson qui reviendra dans la capitale le 17 avril prochain au Casino de Paris et à la salle Pleyel en fin d’année après une tournée qui passera également par le Japon. Comme elle le chante si bien, « la vie ne vaut le coup d’être vécue sans amour… nous nous aimions le temps d’une chanson » mais c’est surtout beaucoup de tendresse le temps d’un concert, d’une tournée, qu’elle partage avec un public qui le lui rend bien. Des adieux qui semblent difficiles à faire tant elle a de remerciements à adresser en retour de tout ce qu’elle a reçu. « Avec le temps va tout s’en va » mais le plus tard possible serait le mieux comme en témoignait la longue ovation que les auditeurs du Théâtre de la Ville lui adressèrent avec respect et reconnaissance.

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