Barbara et l’homme en habit rouge : l’hommage musical à la grande dame

Alors que Patrick Bruel vient tout juste de sortir un album hommage avec les plus belles chansons de Barbara, sobrement intitulé « Très souvent, je pense à vous… », le spectacle musical de Roland Romanelli et de Rébecca Mai mis en scène par Eric-Emmanuel Schmitt s’installe au Théâtre Rive-Gauche pour un tendre moment dans l’intimité de la chanteuse.

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© Fabienne Rappeneau

Roland Romanelli a bien connu Barbara : il l’a accompagné durant vingt ans sur scène et huit ans dans la vie. C’est sur la mélodie de l’Aigle noir que la voix off explique cette histoire commune avant de céder la place à l’homme sur scène qui évoquera Barbara, la femme de son passé, avec Rébecca, la femme de son présent. Leur rencontre, « comme dans un rêve », la tournée où il a dû apprendre une trentaine de chansons en 24h, le cadeau fait le 21 mai 1967 qui donnera le titre à l’hommage (Habit rouge de chez Guerlain), Roland se raconte en chansons, prenant appui sur les plus beaux textes de la dame brune, et nous fait partager un peu de l’intimité de l’univers mystérieux de l’artiste disparue à l’âge de 67 ans.

Bien évidemment, il est des textes incontournables lorsque l’on souhaite rendre hommage à Barbara. C’est le cas avec, notamment, Nantes, Göttingen, La petite cantate, Vienne, A mourir pour mourir, Drouot, Ma plus belle histoire d’amour ou encore Dis quand reviendras-tu ?, des chansons qui font toutes parties de ce spectacle musical qui permet également de découvrir des paroles un peu oubliées comme celles de Gare de Lyon, Toi, Le bel âge, A peine (la première chanson que Roland Romanelli a composé pour Barbara), Les insomnies, L’indien, Parce que je t’aime, Hop-là, La solitude ou encore la bouleversante chanson Cet enfant-là. Au total, vingt textes pour symboliser les vingt années de leur collaboration artistique.

Sur le plateau, Roland Romanelli joue de l’accordéon et du piano. Il est accompagné par Jean-Philippe Audin au violoncelle. C’est avec beaucoup d’émotion et une pudeur palpable qu’il s’exprime et replonge dans son passé. A ses côtés, Rébecca Mai, toute en retenue,  donne de la voix pour faire revivre la grande dame. Toute vêtue de noir, elle se distingue par une sobriété et une sincérité touchantes mais aussi par un respect quasi religieux d’admiration sans jamais chercher à tomber dans l’imitation. On en apprendra un peu plus sur la femme qui sommeillait derrière l’artiste, de ses angoisses à sa cleptomanie en passant par ses exigences et son besoin de décider de tout. Mais c’est surtout une très belle occasion de réentendre les textes, les paroles des plus belles chansons de Barbara qui en disent long sur sa vie et sur la vie en général. L’interprétation est émouvante et teintée de nostalgie. Nous regrettons en revanche une mise en scène qui dessert le spectacle, avec trois écrans projetant des œuvres picturales pas toujours de très bon goût ou encore la présence de cette chaise à bascule qui se met en mouvement lorsque la voix de Barbara se fait entendre dans la salle grâce à des archives audio d’interviews enregistrées. Quelques tentatives de déplacements scéniques viennent briser l’émotion qui s’installe. Seuls les jeux d’ombres et de lumières apportent une dimension poétique au spectacle. La clôture du spectacle, avec le Chœur de France, nous laissera sur une note de tendresse et de délicatesse que nous aurions aimé trouver tout du long, avec une très belle scénographie étoilée faisant de cet instant un moment suspendu au firmament, comme une dernière offrande.

Miles Davis se demandait « Pourquoi jouer tant de notes alors qu’il suffit de jouer les plus belles ? ». L’œuvre de Barbara, foisonnante, vient quelque peu contredire cette interrogation car toutes ses chansons sont les plus belles, de la plus connue à la moins populaire. Elle qui avait besoin de réinventer l’amour chaque jour nous a laissé des textes d’une rare beauté où chacun peut puiser des phrases clés pour en faire un guide de la vie, comme un cadeau du ciel laissé par une femme qui n’a jamais eu le talent de vivre à deux mais qui a su s’installer durablement dans le cœur de son public à qui elle se donnait avec passion, tendresse et ivresse. Le spectacle musical proposé au Théâtre Rive-Gauche rend aux textes de l’immortelle longue dame brune toutes leurs lettres de noblesse. Un très bel hommage, respectueux et sincère.

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