Quand souffle le vent du nord : l’écrit comme vecteur amoureux

Judith Wille met en scène au Ciné XIII Théâtre, après une escale à Avignon, une comédie romantique adaptée du best-seller de Daniel Glattauer qui explore avec délicatesse la naissance du sentiment amoureux à travers une relation épistolaire moderne et addictive. Retour sur une pièce à succès qui joue les prolongations jusque fin février 2016.

quand souffle

Quand souffle le vent du nord raconte comme un e-mail reçu par hasard a bouleversé le cours de l’existence de deux êtres qui n’étaient pas destinés à se rencontrer. En effet, une simple faute de frappe dans une adresse et voici un lien établi entre les deux inconnus, Emmi et Léo. C’est ainsi que naquit une curieuse correspondance devenant de plus en plus endiablée, pressante, excitante. Mais une relation virtuelle peut-être exister et perdurer dans la réalité ? Jusqu’où cette naissance du sentiment amoureux et du désir par claviers interposés peut-elle mener ? C’est bien là tout l’enjeu du texte de Daniel Glattauer devenu un immense succès international.

A la lecture passionnée que nous avions eue du roman épistolaire nouvelle génération, nous avions quelques inquiétudes quant à une éventuelle mise en scène qui casserait la sincérité de la relation des deux protagonistes. Cependant, nous avons très vite été rassurés en nous installant confortablement dans les canapés de la petite salle du Ciné XIII Théâtre. Dans une scénographie très minimaliste signée Denise Heschl, soulignée par une symétrie axiale séparant l’univers d’Emmi et celui de Léo et composée de pièces en bois devenant tour à tour un lit, une table ou une fenêtre, la parole reste au cœur de la pièce, servie par deux interprètes touchants : l’accent chantant de Caroline Rochefort, qui donne du rythme et un dynamisme intéressant à la fraicheur de son personnage contraste avec la voix calme et posée de Stéphane Duclot. Elle incarne la pétillante Emmi qui pense, parle et écrit à toute vitesse à celui qui est son monde extérieur. Elle est virevoltante et apporte beaucoup de charme à ce personnage plutôt curieux, avide de découvrir l’inconnu et doté d’un tempérament de feu. Lui est Léo, un homme blessé par l’amour, qui tente de mener une thérapie pour oublier son ex à travers la relation épistolaire naissante qu’il entretient avec Emmi. Leurs échanges drôles et anodins se font de plus en plus tendres jusqu’à amener chacun à se dévoiler dans un jeu de séduction passant par l’âme bien avant le physique qui altèrerait inexorablement leur jugement, les deux personnages ayant des difficultés à franchir le cap d’une rencontre réelle que chacun repousse tour à tour. Ils sont la première et la dernière pensée de la journée de l’autre. Il y a quelque chose de l’ordre de la pureté dans leur relation qui les amène à tomber spirituellement amoureux. La musique rythme le temps qui passe, de même que les constructions modulables qui laissent le champ libre à notre imaginaire en plongeant dans cette douce utopie amoureuse créée sur un clavier, et touche du doigt leurs émotions les plus dissimulés avec des titres comme Sunny de Boney M ou Ce n’est rien de Julien Clerc.

Quand souffle le vent du nord, nos cœurs se réchauffent. En tout cas, c’est l’effet produit par cette belle adaptation d’un roman qui aborde également les dangers du virtuel au sein d’une relation épistolaire 2.0 qui, dans leur esprit, ne peut survivre au réel, tant il représente un idéal. Il interroge la projection que nous faisons sur l’autre de nos propres attentes dans une pièce de théâtre aux allures de voyage intime, spontané et teinté d’humour, qui fait beaucoup de bien à l’âme et redonne foi en la vie et aux belles personnes qu’elle pose sur notre route. Et si vous voulez absolument savoir comment se termine l’histoire, ne vous arrêtez pas à la fin brutale de Quand souffle le vent du nord et ruez-vous sur la suite qui s’intitule La septième vague.

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