Ah ! Le grand homme : l’impossible hommage

Les frères Pradinas, Pierre et Simon, écrivent une pièce sur le théâtre, rendant ainsi un hommage personnel au grand homme que fut Jean Vilar. Si l’intention est louable l’ensemble est maladroit  et ne vaut que pour la formidable distribution qui sert cette comédie désopilante mise en scène par Panchika Velez.

GRAND HOMME Photo Tous (libre de droits (c)Christophe Vootz)
©Christophe Vootz

Des acteurs sont convoqués au théâtre par Gilbert Loiseau, un metteur en scène plutôt fumeux et pas très ponctuel même sil « faut bien qu’il y ait des gens à l’heure pour attendre ceux en retard ». Parmi eux, Benoît Tisserand, qui jouit déjà d’une certaine notoriété et René Coin, le comédien fini qui n’a pas réussi à percer dans la durée. Gilbert propose aux quatre acteurs qu’il a réunit de monter, pour le soir même, un hommage à Jean Vilar, créateur du festival d’Avignon, LE grand homme dont tous vouent une sincère admiration. Ils n’ont ni le texte, ni les décors, ni même la moindre idée de départ. Ils devront partir de zéro pour réaliser l’impossible. Au terme d’une folle journée, seuls les fantômes du Théâtre seront en mesure de voler à leur secours.

La farce proposée par Pierre et Simon Pradinas met en scène leur tentative, de leur rencontre à la répétition, en passant par la phase d’écriture de plateau. Dans un décor sommaire composé d’une toile de fond avec un paysage de l’entre-deux, à la croisée de la forêt et de la mer, d’un arbre en carton-pâte et d’une statue à jardin tandis qu’à cour se trouve un bureau et une chaise , le tout encadrant un lampadaire central, restes d’une précédente production, les différents protagonistes vont évoluer sur le plateau encombré de bric et de broc, lieu de l’expression artistique, champ de tous les possibles, espace incommensurable de l’imagination. Nous y croiserons ceux qui font le monde théâtral, à commencer par les acteurs, de la tête d’affiche, Benoît Tisserand, détestable personnage présomptueux à l’égo un peu trop démesuré (formidable Yvan Le Bolloc’h) au comédien raté, René Coin (touchant Jean-Jacques Vanier) sans oublier l’habitué des seconds rôles voire de la figuration, le lunaire Jacques Lourson (fabuleux Jean-Pierre Malignon) et Alice, l’actrice italienne prête à l’impossible pour percer dans le milieu (étonnante Serena Reinaldi). Il ne faut pas oublier également Gilbert Loiseau, le metteur en scène fumeux et lèche-bottes, incarné avec brio par Jean-Luc Porraz, son jeune assistant dont le QI ne doit pas dépasser son âge et qui propose « une pause avant de commencer à travailler » (drôlissime Aurélien Chaussade) et le sous-directeur du théâtre qui pense que son statut lui confère un charme irrésistible sur la gente féminine (charismatique Stéphan Wojtovicz). On rit beaucoup dans cette mise en abîme théâtrale réunissant des passionnés de théâtre dont l’enthousiasme communicatif se propage rapidement. Cependant, l’humour subtil et énergique manque de rythme et la fin, absurde, arrive comme un cheveu sur la soupe. Comme un acteur sans texte, la pièce tourne à vide malgré les scènes drôles (comme celle de l’exercice vocal en échauffement ou le rôle du cheval). Comme le dit si bien Benoît Tisserand, « le théâtre, c’est d’abord le texte ». Nous ajouterons que c’est aussi le sens et ici il manque des deux malgré une très bonne performance d’acteurs. « Quand on ne nourrit pas la répétition, on perd son imaginaire » et il en va de même pour la représentation… On aurait apprécié de rêver un peu plus.

Pierre et Simon Pradinas propose une comédie très drôle sur le théâtre et servie par de formidables interprètes. Bien que l’on s’ennuie un peu par moment car l’on se demande où l’on va (les acteurs de la mise en abîme théâtrale ne le savent pas non plus, rassurons-nous), nous passons un agréable moment à rire non pas des personnages mais avec eux. Et c’est bien là tout ce que l’on souhaitait ce soir-là.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s