Barbe-Neige et les sept petits cochons au bois dormant : savoureuse satire des contes de notre enfance

La chorégraphe Laura Scozzi combine danse, chant, mime et théâtre dans une merveilleuse satire mettant à mal nos idéaux de prince charmant et autre fée bienfaisante en prenant appui sur différents contes dont les personnages sont tournés en dérision. Cette version joyeuse et pétillante est actuellement reprise au Théâtre du Rond-Point, jusque fin janvier 2016.

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© Dan Aucante

A peine le public installé, un ours, que l’on aimerait bien prendre dans nos bras comme un doudou réconfortant, déambule au pied de la scène au tempo d’une douce promenade avant de revenir avec son cabas de commissions. Ayant oublié le pain, il repart pour mieux revenir. Dès cette entrée, nous savons que les personnages de contes de fée seront rendus plus proches de nous pour mieux faire tomber nos illusions et envoyer valser les clichés tenaces de cet univers aseptisé. La chorégraphe et metteure en scène italienne insuffle un grain de folie dans ce monde féérique pour notre plus grand plaisir et nous nous laissons séduire par sa vision satirique des contes qui nous entraîne dans un hip-hop déjanté haut en couleur.

Dans une scénographie acidulée dans les teintes rose bonbon des contes de fée, nous croiserons une fée survoltée, des abeilles qui semblent se faire des lignes de pollen comme des droguées en manque avant de se faire gazer à grands coups d’insecticide, sept Blanche-Neige qui jetteront leur dévolu sur un unique nain qui cherchera à combler leur appétit sexuel avec une pomme et devra rapporter des bières pour le match de foot diffusé à la télé, trois petites cochonnes tapinant et flirtant avec un loup dans une maison close aux rideaux roses à paillettes, des ours videurs de boîte de nuit, un petit chaperon rouge masculin, poilu et viril à souhait dans sa robe à pois dansant un duo enflammé et gracieux avec le loup psychopathe qui le poursuivra avec une scie, une belle au bois dormant qui refusera le baiser du prince qui, désespéré, recherche dans le conte ce qu’il a mal fait, des Cendrillon en baskets prêtes pour aller en discothèque ou semant différents objets, du string à la jambe en passant par le bébé ou le ballon oval, des princes charmants déboussolés batifolant entre eux ou se soulageant dans les roseaux entourant le lit de la belle, un barbe bleue crooner sous la domination de la fée du logis le rappelant à l’ordre ou encore des animaux divers malmenés. Prenant le contre-pied de ces histoires, Laura Scozzi nous amène à la désillusion du mythe du prince charmant en confrontant rêve et réalité. Loin de l’aspect guimauve de Walt Disney, elle monte une satire joyeuse mêlant des formes artistiques variées. Tout ce petit monde évolue dans des saynètes expressives et suggestives orchestrées par la baguette magique de la fée entremetteuse et déjantée. La musique, signée Niccolò Paganini, est vive et bien intégrée dans un univers survolté où même Cendrillon obéit à l’appel de la fée, qui reprend le titre culte des Forbans  « Viens, chante, danse et mets tes baskets » pour rétablir un semblant d’ordre établi.

La proposition décalée, acidulée et vitaminée de Laura Scozzi, ponctuée d’une bonne dose d’humour, bouscule nos représentations de l’amour et de la vie dans leur dimension d’idéal. Les huit danseurs déjantés font exploser les stéréotypes les plus ancrés dans notre culture collective. C’est drôle, un peu trash mais jouissif de bout en bout. Une farce pétillante et surprenante qui ravira un large public par sa vivacité et son grain de folie.

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