Top 10 théâtral de 2015

Si l’année 2015 a été marquée par quelques déceptions théâtrales dont nous préférons ne pas nous souvenir, ce fut également et surtout l’occasion de découvrir quelques très belles pépites au détour d’une salle de spectacle. Impossible de toutes les citer, il nous a fallu faire un choix, parfois dans la douleur et avec beaucoup d’hésitations, mais toujours avec le sourire en repensant au très bon moment passé, la plupart du temps en ayant partagé la représentation avec un ou plusieurs amis. Retour sur une année particulièrement riche en pièces géniales et marquantes.

A la 10ème place, La Maison de Bernarda Alba de la Comédie française. Ce drame en trois actes et dernière œuvre de Federico Garcia Lorca, auteur incontournable du théâtre espagnol, écrite en 1936 et publiée à titre posthume en 1945, permet au dramaturge andalou de faire une très belle entrée au Français, dans une esthétique et efficace mise en scène de Lilo Baur. Reprise cette saison et actuellement à l’affiche du Français, la distribution 100% féminine séduit avec en tête Cécile Brune et Elsa Lepoivre et évolue dans une sublime scénographie.

A la 9ème place, Coiffure et confidences qui triompha tout l’été au Théâtre-Michel. Rassurez-vous, le salon rouvre ses portes en janvier 2016. La pièce brosse avec beaucoup de justesse le portrait touchant de six femmes au caractère et parcours différents dans une mise en scène rythmée et intelligente. Pas de temps mort dans cette pièce où l’émotion s’installe en douceur à l’aide d’un texte truculent et subtil, servi par six excellentes actrices qui héritent chacune d’un très beau rôle.

A la 8ème place, Vu du Pont d’Ivo van Hove au Théâtre de l’Odéon sur un texte d’Arthur Miller avec Charles Berling dans le rôle principal. Le metteur en scène belge, très attendu en 2016 dans la Cour d’Honneur à Avignon où il montera Les Damnés avec la troupe du Français, a signé aux Ateliers Berthier une pièce sublime, marquant comme un coup de soleil et bouleversant, où les destins tragiques prennent vie dans une universalité saisissante. Un véritable drame de l’amour qui souligne avec brio toute la fragilité et la complexité des l’humanité, nous laissant submergés par l’émotion.

A la 7ème place, Les vœux du cœur au Théâtre de la Bruyère. Une très belle découverte en ce début de saison. Une pièce qui met en confrontation directe la foi et l’amour mais la solitude s’immisce doucement dans les propos, jusqu’à devenir un sujet à part entière. Chaque personnage voit ses certitudes se troubler, ses croyances malmenées, ses convictions mises à rude épreuve. Passant du rire aux larmes, les spectateurs suivent avec intérêt les aveux des protagonistes dans leur fragilité humaine et espèrent un happy end qui gommera les doutes.

A la 6ème place, Les mains froides de Marilyn Mattei au Théâtre de Montmartre. Le spectacle est un véritable concentré de bonnes idées scéniques et de mots percutants comme la lame d’un couteau. La mise en scène, servie par de jeunes comédiens, offre de très belles images mais avec un apport et un traitement plus personnel et intime que ce qu’aurait pu faire le cinéaste. Il y a des pépites auxquelles on ne s’attend pas et Les mains froides en font partie. Les mots de Marilyn Mattei se mêlent à ceux, éprouvants, de Walt Whitman « Ô Capitaine ! Mon Capitaine » pour un résultat sincère, d’une justesse inouïe où le pathos n’a pas sa place mais cède l’espace à l’émotion pure, celle qui nous saisit et nous pousse à agir pour se sentir exister face à ce qui nous dépasse.

A la 5ème place, De l’autre côté de la route de Clément Koch au Théâtre Michel. L’auteur  traite toutes ses réflexions avec humour en évitant habilement de sombrer dans le pathos. Son écriture, intelligente et percutante, à la fois drôle et touchante, oscille parfaitement entre comédie et drame, entre émotion et légèreté, avec un sujet grave mais d’une actualité désarmante. La mise en scène de Didier Caron est captivante et les acteurs parfaitement dirigés. Un bijou théâtral, véritable hymne à la vie.

A la 4ème place, La dame blanche de Sébastien Azzopardi et Sacha Danino au Théâtre du Palais-Royal. Une ambiance parfaite, des comédiens captivants et un rythme effréné sans aucun temps mort : voilà ce qui vous attend si vous osez pour plonger dans l’envoûtante histoire de cette pièce, oscillant entre humour et frayeur, jusqu’à libérer l’âme d’un esprit vengeur qui s’envole après avoir plané près de deux heures au-dessus de nos têtes. Il faut avouer que nous avons peu l’occasion d’avoir peur au théâtre alors rien que pour cela, ça vaut le déplacement.

En bas du podium, à la 3ème place, Faim au Lucernaire, mis en scène par Arthur Nauzyciel. Xavier Gallais livre une performance saisissante, prenant appui sur un récit bouleversant, texte poignant, profond, âpre et teinté d’une solitude incroyable. Bien plus qu’une lecture, l’acteur propose un réel jeu théâtral et vocal avec des changements d’intonations remarquables et fait de ce seul en scène d’une grande justesse un bouleversant et fascinant moment théâtral.

A la 2ème place, Un obus dans le cœur au Vingtième Théâtre et à Avignon.  Grégori Baquet est incroyable et livre une extraordinaire performance dans un seul en scène  bouleversant et intimiste au texte d’une urgence et d’une nécessité plus qu’évidentes. Il porte au sommet de l’art scénique le texte puissant de Wajdi Mouawad. Maîtrisant de bout en bout sa prestation, il parvient à un monologue percutant sans jamais verser dans le pathos mais en nous prouvant que sous la souffrance se cache, bien souvent, un immense cri d’amour venu du plus profond de son cœur. C’est simple, beau et fort.

A la première place, Le Metope del Partenone de Roméo Castellucci à la grande Halle de la Villette dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. La pièce nous plonge dans la véritable tragédie, celle de l’horreur, de la barbarie, de l’indicible, imprégnant l’œuvre d’une émotion palpable unissant les spectateurs dans un silence saisissant. Et si le but du théâtre est de faire passer des sentiments et des sensations, le contrat est pleinement rempli. Une pièce d’une urgence vitale et absolue, résonnant tristement en nous après les attentats du 13 novembre à Paris. Glaçant et pourtant nécessaire.

Mention spéciale cette année pour deux jeunes metteurs en scène très prometteurs qu’il faudra suivre de très près :

  • Vincent Marbeau dont la première mise en scène, Roméo et Jeannette, a été remarquée à la Comédie Saint-Michel et qui sera reprise au Brady dès le 5 février 2016, en partie dans une nouvelle distribution. En attendant, vous pouvez applaudir ses talents de comédien dans Et Dieu créa Rimbaud, chaque vendredi et samedi soir à la Comédie Saint-Michel.
  • Nicolas Candoni (qui a signé la mise en scène de notre top 6, Les mains froides, en collaboration avec Charlotte Desserre) dont le Peer Gynt a été fortement apprécié au Théâtre de Belleville en décembre et qui poursuit sa voie avec beaucoup de talent en montant un Médée d’après la pièce de Corneille que nous sommes impatients de découvrir en février 2016 au Studio-Théâtre d’Asnières.
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