La Cerisaie : comédie dramatique limpide version tg STAN

Le Festival d’Automne de Paris se poursuit au Théâtre national de la Colline avec la présentation de la dernière pièce d’Anton Tchekhov harmonieusement transposée par le collectif belge tg STAN, compagnie associée au Théâtre Garonne de Toulouse pour un moment décapant malgré quelques maladresses.

la cerisaie colline
© Koen Broos

L’acte 1 se déroule dans la chambre d’enfant du domaine de Lioubov Andréïevna Ranevskaïa qui revient à la Cerisaie après cinq années passées à Paris. Nous sommes au mois de mai et les cerisiers sont en fleurs mais les dernières nouvelles ne sont pas à la fête : la cerisaie sera vendue le 22 août prochain. Pourtant chacun joue l’insouciance et les personnages se voilent la face sur l’inéluctable issue aux allures de tragédie grecque, à l’exception de l’homme d’affaires Ermolaï Alekséïevitch Lopakhine, l’oiseau de mauvaise augure, qui souhaite lotir le domaine pour y bâtir des maisons de campagne afin de contenter les estivants (qui feront l’objet d’une très belle pièce de Gorki). Sur fond de lutte des classes et de la fin de l’aristocratie russe, nous assistons impuissant à la décadence de la Cerisaie. Nous déplorons cependant la gestion de l’acte 2 qui n’apporte pas grand-chose à l’intrigue avec de longues logorrhées partagées sur un banc. En revanche, l’acte 3 présente une très belle scène : celle de la dernière fête donnée au domaine le jour de sa vente. Ce moment d’euphorie est parfaitement mis en scène grâce à une musique électronique entraînante (One Day) et des chorégraphies collégiales mais paradoxales car chaque personnage danse seul. L’ivresse de ce moment sera rompue par l’annonce de l’accomplissement de la prophétie : la cerisaie a été vendue. Enfin, l’acte IV signe le grand départ vers une nouvelle vie et un horizon différent puisqu’au domaine « il ne reste rien, il ne reste rien du tout » à part peut-être Firs, oublié tel un meuble dans la grande maison vide.

Les comédiens sont très investis dans cette proposition avec un jeu très épuré mêlant le burlesque et les codes du vaudeville, soulignant la dimension comique aux notes tragiques. L’alchimie du groupe est parfaite entre les piliers du collectif et de jeunes acteurs fraîchement diplômés dont Stijn van Opstal, fascinant dans le rôle de Firs le vieil employé de maison, véritable âme du domaine. S’il n’a pas l’âge de son personnage, le jeune homme est en revanche très à l’aise et plutôt convaincant. De son côté, Jolente de Keersmaeker (la sœur de Anne-Teresa, formidable chorégraphe) est parfaite dans la peau de Liouba la propriétaire du domaine, insouciante et dépensière, espérant un miracle sur la vente inévitable de la Cerisaie. Elle est très touchante et particulièrement névrosée à certains moments. Varia (Evgenia Brendes) sa fille adoptive incarne la force fragile dans un pantalon bleu électrique tandis qu’Ania (Evelien Bosmans) est une jeune fille fougueuse de 17 ans d’une belle fraîcheur et d’une spontanéité désarmante.

Le décor est manipulé à vue tout au long de la représentation mais ne traduit pas vraiment le luxe du domaine tel que nous l’imaginons. Néanmoins, le collectif a fait le parti pris de la proximité et de la complicité avec le public et cela suffit à nous transporter. En effet, pendant l’installation des spectateurs, les acteurs déambulent sur le plateau et nous observent. Et lorsque la pièce commence, un personnage nous l’annonce, indiquant  « jouer le premier acte ». De même que lorsque le comédien interprétant Firs et Epikhodov change de personnage, il nous en fera la remarque en même temps qu’il revêtira les accessoires correspondant. Tg STAN présente une belle approche de l’œuvre avec beaucoup de subtilité et une évidente fluidité dans une pièce chorale révélant toute l’intensité du texte de Tchekhov. C’est frais et plaisant, si bien que le  collectif tg STAN réussit le pari de sublimer l’écriture tchekhovienne par un regard nouveau sur cette dernière pièce de l’écrivain russe, une œuvre commandée par Stanislavski pour le Théâtre d’Art de Moscou. C’est frais et presque envoûtant. Un beau moment théâtral pour poursuivre le Festival d’Automne à Paris qui touchera à sa fin dans quelques jours.

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