Philharmonia Orchestra : moment de joie festive par Esa-Pekka Salonen

Alors qu’il dirige actuellement le dyptique Château de Barbe-Bleue de Bartok et La voix humaine de Poulenc dans une mise en scène de Krzysztof Warlikowski dans la fosse de l’Opéra de Paris, le chef d’orchestre finlandais Esa-Pekka Salonen s’est échappé le temps d’une soirée pour faire résonner Brahms et Beethoven dans la très belle salle du prestigieux Théâtre des Champs-Elysées.

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Le compositeur et chef Esa-Pekka Salonen, à la tête du Philharmonia Orchestra de Londres a débuté la soirée par l’ouverture symphonique de Zur Namensfeier de Ludwig van Beethoven, une très belle entrée en la matière dont l’aspect solennel cède rapidement la place à une marche joyeuse. Le morceau, dont le titre signifie Jour de fête, a été créé le 25 décembre 1815 en l’honneur de François 1er. Cette courte pièce permet d’admirer toute la souplesse dans la direction de Salonen. La mélodie, très expressive, s’impose comme un moment de joie où l’on imagine aisément de longues chevauchées à travers une nature verdoyante. Douceur et puissance se conjuguent parfaitement à l’unisson.

Lorsque Beethoven s’achève et que c’est au tour de Brahms de se faire entendre avec son Concerto pour violon et orchestre, la soliste allemande Arabella Steinbacher est fortement applaudie, sublime dans sa longue robe de gala d’un violet étincelant. Si sa technique est parfaite, nous pouvons cependant déplorer un léger manque d’émotions chez la jeune femme. Très concentrée, la violoniste en oublierait presque de prendre du plaisir à jouer un tel morceau. Elle ne semblera se libérer de ce carcan anxiogène qu’au rappel, précédent l’entracte. Néanmoins, le Concerto nous entraine dans une profonde méditation avec le premier mouvement, majestueux, où la soliste dialogue avec l’orchestre dans une douceur extrême. Les voix des instruments fusionnent avant de se séparer. L’orchestre accompagne, prolonge, porte la violoniste jusqu’à un point culminant, fabuleux. L’incroyable face à face est d’une puissance absolue où s’alternent moments énergiques et instants plus torturés. Arabella Steinbacher se montre particulièrement virtuose et expressive dans cette œuvre de Brahms que le chef Salonen, très apprécié dans l’hexagone, défend avec conviction, grâce et précision. Tandis que la mélodie de la violoniste soliste semble suspendue dans le temps, les cordes et les vents de l’orchestre nous emportent. Le deuxième mouvement, qui débute dans la douceur infinie des notes fluides du violon, exprime une sensation de sérénité et d’apaisement. Il est d’une beauté renversante tandis que le troisième mouvement, beaucoup plus vif, piquant et rythmique, se montre plus franc. L’orchestre et la soliste sont en effervescence comme des enfants le matin de Noël. Le thème, fortement lié, contient certains détachements presque saccadés qui confère au morceau une autre dimension.

Après l’entracte, c’est à nouveau la musique de Beethoven qui se fit entendre avec la flamboyante Symphonie n°2, créée à Vienne en 1803. Très investi dans sa direction, le chef a attaqué le premier mouvement, très solennel avec une grande joie qu’il partage naturellement avec les auditeurs du Théâtre des Champs-Elysées. Cela manque néanmoins de fougue et de passion mais les archets s’agitent et fendent l’air dans un même geste. Le deuxième mouvement, nous plonge dans une confortable rêverie avec une alternance très nette entre les cordes et les vents, entre douceur et combativité avec des sonorités plus amples tandis que les échanges se font plus vifs dans le troisième mouvement avant d’atteindre leur paroxysme dans le quatrième et ultime mouvement de cette superbe Symphonie n°2 davantage jovial dont le puissant final est rondement bien mené.

C’est donc un programme prestigieux qui a été donné au Théâtre des Champs-Elysées sous la baguette de Esa-Pekka Salonen et de son orchestre londonien d’une grande qualité et dirigé avec grâce. Nous avons assisté à un moment de plénitude en écoutant ce sublime concert teinté d’une belle sensibilité. Un plaisir auditif, véritable pain béni, dans une salle propice à l’onirisme et à l’évasion, nous ne pouvions espérer meilleure soirée.

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