1914-1918 les trois derniers jours d’un facteur poilu dans l’enfer de la guerre

La pièce de Gérard Pirodeau, dont le sous-titre « aux larmes citoyens » sonne comme une promesse, s’est installée au Théâtre du Gymnase et nous fait revivre les derniers instants de deux poilus, à l’aube de la signature de l’Armistice.

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C’est dans la petite salle voûtée du Studio Marie Bell, au détour de galeries souterraines dans les entrailles profondes du Petit Gymnase que nous pénétrons dans la prison de Théodore Lagrange et Roger Perrin, deux poilus enterrés vivants dans une tranchée à la suite d’un bombardement allemand. En ce lundi 11 novembre 1918, l’Armistice vient d’être signée et c’est une voix enfantine qui nous expose le terrible bilan de la Première Guerre mondiale avant de remonter le fil du temps pour nous ramener au samedi 9 novembre, dans un petit abri de fortune où Roger commence par lire une lettre de sa mère. Il est interrompu par les bombardements dont les lueurs orangées traversent le soupirail de la cave voûtée dans laquelle nous sommes enfermés avec lui. Roger Perrin est facteur de métier. Il vient de l’Ain, et s’est engagé après le vendredi noir du 31 juillet lorsque Jean Jaurès a été assassiné. C’est ce qu’il raconte à Théodore, un autre blessé de guerre, enfermé dans une salle annexe de la tranchée qui ne voit plus rien depuis qu’il a été gazé. Ils tentent de se rejoindre, guidés par le son de la voix de Roger.  Théodore Lagrange vient du Sud, près de Perpignan. Ils vont ainsi faire connaissance dans l’espace confiné du plateau, se racontant leur enfance et leur famille qui les attend. Alors que tout les sépare, ils vont se découvrir, s’entraider, se comprendre dans les derniers instants de leur calvaire.

La pièce, sélectionnée par la SACD et présentée en lecture au festival d’Avignon 2014, bénéficie d’une interprétation de qualité. Alexis Smolen est incroyable dans le rôle de Roger Perrin. Il sait nous toucher, nous émouvoir en incarnant ce facteur, blessé à la jambe qui propose à son compagnon de fortune de lui lire les lettres de sa famille et même s’en écrire pour lui, ayant sympathisés dans cette promiscuité imposée. Il est bouleversant lorsqu’il délire. Sa dernière lettre arrache nos larmes dans un silence impressionnant, quand il hurle tout son amour envers les siens, du fond de sa tranchée. A ses côtés Kévin Dyana est également poignant en interprétant Théodore, ce paysan catalan qui ne sait ni lire ni écrire. Sa force à lui, c’est son accordéon dont la musique devient langage universel et réchauffe les cœurs dans les moments de doutes et d’abandon. Le son de son instrument accompagnera les deux hommes durant les trois jours d’enfer. Son jeu permettra de nous envoyer toute une palette d’émotions, allant de la honte à la foi en passant par quelques lueurs de joie ou d’espoirs notamment lorsqu’il pense au moment où il sortira et où il rentrera enfin chez lui. Comme un testament en guise d’adieu, la lettre finale qu’il souhaite adresser à ses proches est larmoyante mais d’une véracité profonde. Il avoue enfin sa vie au front et toute l’horreur connue au champ de bataille et accepte l’idée qu’il va mourir. Nos yeux s’humidifient devant tant d’amour jamais dit auparavant par pudeur masculine.

1914-1918 les trois derniers jours d’un facteur poilu est une pièce intense et profonde portée par deux formidables acteurs dont les personnages délivrent un véritable message (« soyez profondément humains ») qui ne manquera pas de vous chambouler au plus profond de votre âme et se gravera longtemps dans vos mémoires, à l’image de ces soldats marqués à jamais par l’atrocité et la barbarie vécues au fin fond des tranchées.

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