Résiste : le duo France Gall et Michel Berger signe et persiste

France Gall et Bruck Dawit, son ingénieur du son, écrivent une formidable comédie musicale autour des tubes de Michel Berger qui a marqué toute une génération et débarquent au Palais des Sports de Paris pour plusieurs semaines avant une tournée qui s’annonce déjà triomphale.

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Un père, épaulé par ses deux filles, Maggie et Mandoline, gère tant bien que mal le Lola’s, une petite discothèque baptisée du nom de la mère de ses enfants. Maggie attend beaucoup de la vie : le grand amour et la réalisation de ses rêves. Mais lorsque le pianiste attitré de la boîte de nuit les abandonne et que les problèmes financiers s’accumulent, il leur faudra beaucoup d’énergie et d’imagination pour sauver ce qui demeure leur raison de vivre. Et rien de mieux qu’une soirée de la dernière chance avec pour thème La nuit de l’éclipse pour faire chavirer les cœurs ou les destins.

Dans un spectacle imaginé par France Gall à partir des succès musicaux de Michel Berger à qui elle rend un vibrant hommage en remettant au goût du jour toute l’étendue de son talent, Résiste prouve que l’auteur-compositeur-interprète, emporté en 1992 par un arrêt cardiaque, existe encore dans nos cœurs à travers ses chansons et résiste à l’épreuve du temps qui passe. La comédie musicale débute par une vidéo où l’on aperçoit avec émotion la chanteuse des Sucettes plongée dans un silence artistique depuis la tragique disparition de sa fille Pauline en 1997. Elle va alors raconter l’histoire de Maggie à Lola, sa petite-fille. Ces petites séquences vidéo où elle sera la narratrice, serviront de fil conducteur au spectacle. Craignant de voir dénaturés des chefs-d’œuvre de la musique française, nous sommes ravis de constater que la magie opère avec d’autres interprètes que le mythique duo des années 70-80 et retrouvons avec bonheur la même orchestration de l’époque, les arrangements musicaux originaux ayant été conservés. Après un démarrage tout en douceur dans lequel le décor et les personnages se mettent en place, la deuxième partie est plus explosive, mettant le feu au Palais des Sports en reprenant en chœur de grands classiques. En effet, Appelez-moi Maggie, Musique, Mandoline, Quand on danse (à quoi tu penses) ou encore Angelina peinent un peu à faire le poids face à Ella elle l’a, La groupie du pianiste, Débranche, Ma déclaration ou même Viens je t’emmène que le public reprend d’une même voix, debout, uni autour des notes et des mots de Michel Berger.

Néanmoins, le spectacle haut en couleurs bénéficie d’un groupe de musiciens qui joue en direct, d’un superbe décor de boîte de nuit et d’une mise en scène dynamique signée Ladislas Chollat, habitué des pièces théâtrales. La scénographie s’intègre parfaitement dans l’univers déployé par France Gall. L’utilisation de la vidéo se fait à bon escient avec notamment un défilé d’images d’hommes et de femmes célèbres, allant de Simone Veil à Barack Obama en passant par l’Abbé Pierre lors que la chanson Il jouait du piano debout. Les chorégraphies très soignées, modernes et entraînantes de Marion Motin renforcent la belle énergie sur scène des artistes. En tête, soulignons la performance de Léa Deleau qui interprète Maggie et dont la ressemblance avec France Gall plus jeune ne peut être juste le fruit d’un hasard. La blonde présente une large palette d’émotions, tour à tour touchante amoureuse ou fougueuse femme d’affaire se battant avec l’énergie du désespoir qui pense aux autres et s’oublie pour eux. Elle est même enivrante sur Résiste, lettre testamentaire qui lui est adressée, envoûtante lorsqu’elle chante Si maman si que le public reprend doucement d’une même voix ou en duo dans un extrait de Quelques mots d’amour avec Laurent Hennequin (le père qui se voit offrir un merveilleux tableau d’une sérénité bouleversante avec un décor de parc inondé par un soleil radieux le jour du déménagement), déposant une émotion sensible dans la salle. Victor Le Douarec excelle dans la peau de Mathis, le nouveau pianiste qui va mettre de l’ambiance notamment juste avant l’entracte avec l’inoubliable Groupie du pianiste qui fera se lever l’ensemble des spectateurs. Elodie Martelet se distingue également en étant Mandoline, la sœur de Maggie qui saura saisir sa chance aux côtés de Tennessee (énergique Gwendal Marimoutou qui fait également preuve d’une très grande prestance scénique). Corentine Collier se montre quant à elle éblouissante dans le rôle d’Angelina, la tête brûlée du groupe. Louya Kounkou, Ben Akl et Jocelyn Laurent complètent la distribution en interprétant les princes des villes, trois bad boys qui apportent une touche d’humour bien dosé à un ensemble cohérent et enlevé.

Résiste, c’est avant tout beaucoup de vie et de rythme sur scène mais aussi dans la salle, « c’est comme une gaieté, comme un sourire », un spectacle qui a « ce je ne sais quoi que d’autres n’ont pas, qui nous met dans un drôle d’état ». Un hommage réussi à Michel Berger dont la voix s’élève, limpide comme autrefois, dans un inédit de 1978, Un dimanche au bord de l’eau, qui a été glissé dans la comédie musicale, faisant planer l’âme du génie dans tout le Palais des Sports. Et nous ressortons de la représentation avec la furieuse envie de chanter à tue-tête tous ses classiques pour chercher le bonheur partout autour de nous et prouver qu’il existe encore, lui qui avait « ce tout petit supplément d’âme, cet indéfinissable charme, cette petite flamme ».

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